L’ODEUR DU PÉTROLE
Cousteau, la Palme d’or au Festival de Cannes; et, l’année
suivante, un Oscar à Hollywood). Il mènera ensuite une
aventure intellectuelle tout aussi remarquable, ponctuée de
films de la qualité d’Ascenseur pour l’échafaud, du Souffle au cœur,
de Lacombe Lucien ou dMu revoir les enfants...
Ce soir, le commandant Cousteau m’a désigné comme chef
de quart; Louis Malle m’assiste. J’avoue que je ne suis pas
trop fier : mon expérience du pilotage des bateaux reste
limitée. Je ne voudrais pas, dans une mer semée de récifs,
commettre l’erreur irréparable... Louis Malle m’encourage et
me dit que tout se passera sans problème. En réalité, il n’est
pas plus rassuré que moi.
Nous passons le détroit de Goubal (Gûbâl) et la pointe
extrême de la péninsule du Sinaï, qui domine la mer à la façon
d’un pain de campagne trop cuit, brun, roux et noir. Nous
laissons derrière nous le cap de Ras Mohammed (Râs
Muhammad) et nous piquons vers le sud. Nous nous engageons dans le dédale corallien des îles Qeisûm, où nichent des
aigles pêcheurs. Sur certains blocs de roche sombre, des
millions de taches blanches s’agitent : ce sont des fous, qui
décollent par vagues et viennent plonger autour de la Calypso.
Ils volent à une vingtaine de mètres au-dessus des vagues;
quand ils ont repéré une proie, ils se laissent tomber la tête la
première, les ailes à demi repliées, le bec en avant. En
remontant, ils ont presque toujours un poisson, qu’ils gobent
en jetant la tête en arrière.
Mon quart de nuit, en compagnie de Louis Malle, se passe à
merveille : nous n’échouons pas la Calypso, et même nous la
conduisons où il était prévu qu’elle aille...
La croisière se poursuit en direction des petites îles Zebaïr.
Ces terres volcaniques, frangées de plages de sable gris-noir,
commencent d’être colonisées par les coraux. Le commandant
Cousteau range impeccablement son bateau entre deux cônes
de basalte que sépare une eau d’un bleu de cobalt. Nous
préparons une embarcation et nous allons à terre. Nous
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Cousteau, la Palme d’or au Festival de Cannes; et, l’année
suivante, un Oscar à Hollywood). Il mènera ensuite une
aventure intellectuelle tout aussi remarquable, ponctuée de
films de la qualité d’Ascenseur pour l’échafaud, du Souffle au cœur,
de Lacombe Lucien ou dMu revoir les enfants...
Ce soir, le commandant Cousteau m’a désigné comme chef
de quart; Louis Malle m’assiste. J’avoue que je ne suis pas
trop fier : mon expérience du pilotage des bateaux reste
limitée. Je ne voudrais pas, dans une mer semée de récifs,
commettre l’erreur irréparable... Louis Malle m’encourage et
me dit que tout se passera sans problème. En réalité, il n’est
pas plus rassuré que moi.
Nous passons le détroit de Goubal (Gûbâl) et la pointe
extrême de la péninsule du Sinaï, qui domine la mer à la façon
d’un pain de campagne trop cuit, brun, roux et noir. Nous
laissons derrière nous le cap de Ras Mohammed (Râs
Muhammad) et nous piquons vers le sud. Nous nous engageons dans le dédale corallien des îles Qeisûm, où nichent des
aigles pêcheurs. Sur certains blocs de roche sombre, des
millions de taches blanches s’agitent : ce sont des fous, qui
décollent par vagues et viennent plonger autour de la Calypso.
Ils volent à une vingtaine de mètres au-dessus des vagues;
quand ils ont repéré une proie, ils se laissent tomber la tête la
première, les ailes à demi repliées, le bec en avant. En
remontant, ils ont presque toujours un poisson, qu’ils gobent
en jetant la tête en arrière.
Mon quart de nuit, en compagnie de Louis Malle, se passe à
merveille : nous n’échouons pas la Calypso, et même nous la
conduisons où il était prévu qu’elle aille...
La croisière se poursuit en direction des petites îles Zebaïr.
Ces terres volcaniques, frangées de plages de sable gris-noir,
commencent d’être colonisées par les coraux. Le commandant
Cousteau range impeccablement son bateau entre deux cônes
de basalte que sépare une eau d’un bleu de cobalt. Nous
préparons une embarcation et nous allons à terre. Nous
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