LA MAGIE DE LA MER ROUGE
perdu une main ou une jambe dans la folie des dernières
secondes de cette plongée mémorable.
Raymond Coll, qui suivait notre mission dans le youyou,
tente de nous récupérer sur le récif. A son tour, il se fait
culbulter par les rouleaux. Nous redoutons que le requin ne
rôde et ne se satisfasse de l’aubaine. Mais nous les récupérons
tous deux (l’embarcation d’un côté, Coll de l’autre) dans un
état presque acceptable.
Le retour sur la Calypso ressemble à la retraite de Russie.
Imaginez un bataillon d’éclopés geignards et perclus, que le
médecin du bord — le docteur Nivelleau de La Brunnière —
met des heures à rafistoler, à recoudre, à barbouiller de
mercurochrome, à panser... Le soir, au carré, un malin fait
remarquer qu’après tout le longimane ne nous a pas touchés,
et que nous sommes seuls responsables de nos estafilades et de
nos bleus. Un autre de ces traîtres observe que rien ne prouve
la véracité de cette histoire de requin : nous avons tout
inventé, suggère-t-il, pour justifier la maladresse insigne qui
nous a fait nager vers les déferlantes...
Le Pacha sourit de ces vannes, qui permettent de décompresser. Mais la seule vraie morale qu’il tire de cette aventure
est que, si nous avions emporté une caméra, nous aurions dans
la boîte une séquence étonnante.
« Et cela, conclut-il, nous aurait évité d’avoir, dans les jours
qui viennent, à chercher un second longimane ! »
Je songe par-devers moi que rien ne presse. La grandeur de
ce genre de rencontres gît dans leur rareté.
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