CAPITAINE DE LA CALYPSO
s’éloigne. A peine avons-nous le temps d’espérer qu’il est parti,
que nous le voyons revenir par-dessous. Et il commence de
tourner: aïe! aïe! aïe!... Désagréable impression... Nous
sommes coincés — d’autant que nous devons respecter un
palier de décompression à trois mètres sous la surface. Jamais
les minutes ne m’ont paru si longues... Serrés les uns contre les
autres, tous quatre, nous attentons. Le squale rapproche ses
cercles... Rien n’est désagréable comme d’intéresser une
créature de ce genre : on se sent mouton devant l’abattoir !
En commençant notre plongée, nous avions envisagé d’effectuer notre palier tout près de la Calypso. Le longimane en a
décidé autrement. A présent, nous n’avons plus le choix. Le
courant nous entraîne en direction du récif. Nous sommes
emportés vers la zone où le platier émerge, et où déferlent de
grands rouleaux d’écume blanche. Les vagues et les tourbillons nous dissimulent le requin, et leur force fait éclater notre
groupe. C’est le pis qui pouvait nous arriver. Nous perdons de
vue le squale et nous ne faisons plus masse pour le dissuader de
mordre... A chaque seconde, nous redoutons de sentir les
poignards de la bête se refermer sur une de nos jambes.
L’horreur...
Par pur instinct de terriens, nous nageons de toutes nos
forces vers le haut-fond, en accompagnant les lames. L’épisode
s’achève dans la confusion. Je n’y vois plus rien. Je me sens
ballotté comme un fétu dans les remous. Je décolle, j’atterris,
j’enchaîne les galipettes sans rien contrôler. Les rouleaux me
meulent le corps sur le corail râpeux. En quelques secondes, je
suis couvert d’écorchures et d’hématomes. La mer me jette
comme un paquet de linge sale sur le platier — mais hors de
portée du longimane.
Je m’ébroue. Je compte mes abattis. Je me lève pour voir si
mes camarades sont là — et entiers. Je les aperçois, comme
moi, qui se redressent — meurtris, sanguinolents, choqués...
Nous sommes quatre à rire nerveusement de notre aventure.
Nous nous appelons mutuellement dix fois, comme s’il fallait
vérifier et revérifier qu’aucun ne manque, et qu’aucun n’a
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s’éloigne. A peine avons-nous le temps d’espérer qu’il est parti,
que nous le voyons revenir par-dessous. Et il commence de
tourner: aïe! aïe! aïe!... Désagréable impression... Nous
sommes coincés — d’autant que nous devons respecter un
palier de décompression à trois mètres sous la surface. Jamais
les minutes ne m’ont paru si longues... Serrés les uns contre les
autres, tous quatre, nous attentons. Le squale rapproche ses
cercles... Rien n’est désagréable comme d’intéresser une
créature de ce genre : on se sent mouton devant l’abattoir !
En commençant notre plongée, nous avions envisagé d’effectuer notre palier tout près de la Calypso. Le longimane en a
décidé autrement. A présent, nous n’avons plus le choix. Le
courant nous entraîne en direction du récif. Nous sommes
emportés vers la zone où le platier émerge, et où déferlent de
grands rouleaux d’écume blanche. Les vagues et les tourbillons nous dissimulent le requin, et leur force fait éclater notre
groupe. C’est le pis qui pouvait nous arriver. Nous perdons de
vue le squale et nous ne faisons plus masse pour le dissuader de
mordre... A chaque seconde, nous redoutons de sentir les
poignards de la bête se refermer sur une de nos jambes.
L’horreur...
Par pur instinct de terriens, nous nageons de toutes nos
forces vers le haut-fond, en accompagnant les lames. L’épisode
s’achève dans la confusion. Je n’y vois plus rien. Je me sens
ballotté comme un fétu dans les remous. Je décolle, j’atterris,
j’enchaîne les galipettes sans rien contrôler. Les rouleaux me
meulent le corps sur le corail râpeux. En quelques secondes, je
suis couvert d’écorchures et d’hématomes. La mer me jette
comme un paquet de linge sale sur le platier — mais hors de
portée du longimane.
Je m’ébroue. Je compte mes abattis. Je me lève pour voir si
mes camarades sont là — et entiers. Je les aperçois, comme
moi, qui se redressent — meurtris, sanguinolents, choqués...
Nous sommes quatre à rire nerveusement de notre aventure.
Nous nous appelons mutuellement dix fois, comme s’il fallait
vérifier et revérifier qu’aucun ne manque, et qu’aucun n’a
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