PROLOGUE
J’ai vécu des milliers d’heures à bord de la Calypso, dont je
connais chaque encoignure — probablement mieux que mon
appartement de Marseille. J’ai pris autant de repas à la grande
table du carré, en mer, que je n’en ai goûté avec ma femme
Jackie, à terre...
Ce qui m’étonne le plus, dans ce déferlement d’événements,
c’est la confiance dont, depuis notre première rencontre, le
commandant Cousteau m’a honoré. Je me demande comment
j’ai mérité — et pourquoi je mérite encore — ce crédit. Le
Pacha m’a fait plongeur. Il m’a prêté ses yeux pour voir sous la
mer. Il m’a confié la mission de regarder à sa place — en
scaphandre ou en soucoupe — chaque fois qu’il était retenu
par de fastidieux (mais indispensables) travaux de bureau.
Cette confiance m’honore et m’effraie à la fois. Etre
responsable de la vie d’un équipage, commander un bateau
aussi prestigieux que la Calypso, n’est pas une sinécure...
Au soir de mon soixantième anniversaire, dans cette île de
Tahiti qui résume les magnificences de la Terre et les
destructions des hommes, je rentre en moi-même. Et je me
pose la question : comment ?
Comment en suis-je arrivé là ?
Pourquoi suis-je le capitaine de ce navire et le chef de cette
mission ? Pourquoi moi ?
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