CAPITAINE DE LA CALYPSO
Nous nous approchons dangereusement du mur de calcaire
que les vagues percutent avec furie.
« C’est beau ! murmure Cousteau.
— C’est beau ! répété-je avec un léger tremblement dans la
voix.
— Et maintenant, dit le Pacha, croyez-vous qu’il y a assez
d’eau pour naviguer entre l’îlot de Tiboulen et l’île de
Maire ?
— Il me semble, commandant : le haut-fond est à huit
mètres. Mais dans un creux de vague, ça risque d’être
juste...
— Alors, allons-y.. En avant lente! La barre à droite,
quinze degrés !
— Quinze degrés, la barre à droite ! »
Tiboulen et Maire, que je connais comme ma poche, ne
m’ont jamais semblé si proches l’une de l’autre. Le haut-fond,
que je vois se matérialiser sur le papier du sondeur, a l’air
tellement menaçant... Et si je m’étais trompé? S’il existait, au
milieu du détroit, une roche traîtresse que je n’ai pas repérée
dans mes plongées? Le commandant Cousteau me fait
confiance : vais-je lui couler son navire à la première tentative?
Je transpire comme le héros d’un film à suspense...
« Et voilà le travail ! dit Cousteau. Nous sommes de l’autre
côté... Je vous l’avais dit . la Calypso passe partout. Mettez le
cap sur le château d’If. »
Je pousse l’un des plus gros soupirs de mon existence. A la
suite de quoi, ma poitrine se regonfle d’orgueil : j’ai démontré
au commandant que j’ai le sens de la mer. La houle d’ouest est
si grosse, elle nous secoue si fort et nous donne tant de gîte, que
la cloche du bord tinte toute seule. Je ne peux m’empêcher de
croire que cette sonnerie salue mes succès à venir...
Je pilote la Calypso vers le Vieux Port dans un état d’esprit
proche de celui du capitaine Cook au terme de son premier
tour du monde. Je suis tombé amoureux de ce navire bon
114
rc
la
ai
dt
Nous nous approchons dangereusement du mur de calcaire
que les vagues percutent avec furie.
« C’est beau ! murmure Cousteau.
— C’est beau ! répété-je avec un léger tremblement dans la
voix.
— Et maintenant, dit le Pacha, croyez-vous qu’il y a assez
d’eau pour naviguer entre l’îlot de Tiboulen et l’île de
Maire ?
— Il me semble, commandant : le haut-fond est à huit
mètres. Mais dans un creux de vague, ça risque d’être
juste...
— Alors, allons-y.. En avant lente! La barre à droite,
quinze degrés !
— Quinze degrés, la barre à droite ! »
Tiboulen et Maire, que je connais comme ma poche, ne
m’ont jamais semblé si proches l’une de l’autre. Le haut-fond,
que je vois se matérialiser sur le papier du sondeur, a l’air
tellement menaçant... Et si je m’étais trompé? S’il existait, au
milieu du détroit, une roche traîtresse que je n’ai pas repérée
dans mes plongées? Le commandant Cousteau me fait
confiance : vais-je lui couler son navire à la première tentative?
Je transpire comme le héros d’un film à suspense...
« Et voilà le travail ! dit Cousteau. Nous sommes de l’autre
côté... Je vous l’avais dit . la Calypso passe partout. Mettez le
cap sur le château d’If. »
Je pousse l’un des plus gros soupirs de mon existence. A la
suite de quoi, ma poitrine se regonfle d’orgueil : j’ai démontré
au commandant que j’ai le sens de la mer. La houle d’ouest est
si grosse, elle nous secoue si fort et nous donne tant de gîte, que
la cloche du bord tinte toute seule. Je ne peux m’empêcher de
croire que cette sonnerie salue mes succès à venir...
Je pilote la Calypso vers le Vieux Port dans un état d’esprit
proche de celui du capitaine Cook au terme de son premier
tour du monde. Je suis tombé amoureux de ce navire bon
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