452
PÈCHES CONTINENTALES. PRINCIPES DÉMÉNAGEMENT
d’alevins déversés. Chaque fois que la reproduction naturelle ne peut plus
jouer son rôle, il est bien évident que les repeuplements artificiels peuvent
être très profitables. Cela avait d’ailleurs été mis en lumière en 1950 par
Johanson pour le lac Ocke en Suède.
Pour les lacs comme le Léman et le Bourget, le problème se complique,
probablement du fait d’une rupture d’équilibre préalable entre leurs populations piscicoles.
Le Léman, par suite des effets combinés de plusieurs facteurs (pêche plus
intensive avec l’apparition des « pics », épidémies, etc.) a vu vers 1880 son
peuplement primitif de féra et de gravenche s’effondrer. La pèche se stabilisa
aux environs d’une tonne par an seulement pour les eaux françaises entre
1914 et 1925. Ce fut alors que de 1923 à 1930 on installa plusieurs piscicultures de corégones sur le Léman et que l’on y introduisit des « palées » du lac
de Neuchâtel. La situation se rétablit ensuite magnifiquement, pour atteindre
ces dernières années, sur les seules eaux françaises, quelque 200 tonnes de
palées (Bardel, 1954). Succès magnifique d’acclimatation de la palée, grâce
à la pisciculture. La colonisation du Léman par les palées étant maintenant
un fait aquis, semble-t-il, et la rupture d’équilibre entre corégones et autres
espèces étant du domaine du passé, la continuation de la pisciculture estelle réellement justifiée? Pour le savoir il faudrait encore faire de la pisciculture intensive, mais de façon discontinue, avec analyses de la fréquence
des classes d’âge dans les captures.
Sur le lac du Bourget, entièrement français, nous sommes semble-t-il en
pleine rupture d’équilibre dans les années 1930-1940. Les lavarets dont les
captures ne dépassent pas 1 à 3 tonnes par an ne représentent plus que 2 à
5 pour cent des captures contre 20 à 50 pour cent de 1920 à 1925. En 19291930 on importe des corégones du Léman et du lac de Neuchâtel qui ne semblent pas faire souche et on commence la pisciculture. A partir de 1945 la
situation se rétablit de façon spectaculaire, de 7 tonnes la pêche des lavarets
passe à 35 tonnes en 1946, 87 tonnes en 1947, et oscille autour de 90 tonnes entre
1949 et 1953. Résultat magnifique qui, a priori, semble être la conséquence
directe de la politique de repeuplements intensifs suivie depuis 20 ans. Il y a
beau avoir, comme sur les lacs américains et canadiens, corrélation inverse
entre la courbe des captures et celle des déversements d’alevins effectués
cinq ans plutôt, décalage correspondant à l’âge moyen des captures, la notion
d'une inefficacité des repeuplements parait trop invraisemblable pour être
admise (Batias, 1954). Arrive ensuite un véritable effondrement de la pêche,
les captures passent de 97 tonnes en 1953 à 12 tonnes en 1956 tandis que les
repeuplements des 5 années antérieures passent de 7 à 10, 11 et 9 millions
d’alevins. Cet effondrement a de fortes chances de n’être pas le résultat d’une
cause unique, mais de plusieurs, parmi lesquelles il nous faut envisager au
premier chef les fluctuations périodiques ou apériodiques (6.141 — 6.142).
Objectivité scientifique fl"une part, prudence d’autre part, nous conduisent
Précédent

- 479/752

Suivant