ENVIRONNEMENT. BASSINS VERSANTS
315
Le grand principe de lutte contre l’érosion devra toujours être de maintenir
le sol en place.
En montagne, forêts et pâturages devront être l'objet de soins attentifs
pour éviter toute dégradation de la couverture vivante, seule capable de
maintenir le sol à l’abri des ruissellements dévastateurs. En montagne comme
en plaine, arbres ou arbustes devront toujours garnir les rives des cours d'eau,
pour limiter l’érosion des berges. Les torrents et ravins en activité seront
domestiqués par l'édification de seuils et de petits barrages. Là où la couverture végétale a disparu et où la pente rend difficile un reboisement direct,
on procédera, comme aux États-Unis, au Maroc, en Algérie, en Palestine, à la
création de terrasses, ou mieux de «banquettes», sur lesquelles, selon les
circonstances, des cultures, des arbres fruitiers ou la forêt pourront ensuite
s’installer. Là où forêts et pâturages ne suffiront pas à jouer complètement
leur rôle d’accumulateur d’eau, toutes les possibilités de création de bassins
de retenue devront être étudiées, de façon à réduire le ruissellement au minimum, et à favoriser au maximum l’infiltration. Plus cette dernière sera
importante, plus les cours d’eau seront réguliers, plus ils auront sur leurs
parcours de zones de résurgences favorables à la reproduction des Salmonidés
(Clark, 1948 ; Tody et Clark, 1951 ; Benson, 1953).
En plaine, les labours devront être exécutés suivant des lignes de niveau,
et non suivant des lignes de plus grande pente. Les cultures épuisantes devront
être faites uniquement sur des terres solides, et à la condition de les intercaler
dans d’autres cultures améliorantes comme les légumineuses. Le drainage
qui, pratiqué de façon inconsidérée lessive le sol, devra autant que possible
céder le pas à des façons culturales appropriées, permettant au sol d'absorber
l’eau jusqu’au moment où il pourra la restituer aux récoltes qu'il engendre.
Que la restauration des sols soit une œuvre difficile, onéreuse et de longue
haleine, cela n’est que trop vrai. Son prix de revient, qui atteint 75 000 francs
de l’hectare en Algérie (Boudy, 1951), nous montre l’énormité du capital
que nous avons dilapidé. La question n’en reste pas moins pour notre civili
sation un problème de vie ou de mort. Les résultats acquis jusqu'à présent,
en ce domaine, sont heureusement des plus encourageants. 11 n’est pas inutile
d’en citer ici quelques exemples, parmi les plus typiques :
Nous citerons d’abord Louis Bromfield, dont les ouvrages ont été tirés
en dizaines ou centaines de miniers d’exemplaires en diverses langues. On
sait que de retour aux États-Unis en 1940, il prit à cœur de rénover l’ancienne
ferme de Malabar, dont Je sol était complètement ruiné. Il résume ainsi
quelques résultats de ses efforts dans «Sports Afield » de janvier 1949 :
« Dans la rénovation des terres de Malabar, j'ai eu de nombreuses occasions d’observer l’accroissement du gibier et du poisson. Il a progressé en
raison directe de l’augmentation de fertilité du sol, ainsi que de la réduction
de l’érosion du sol et des alternances des crues et des bas étiages des rivières
qui en étaient la conséquence. »
Retenons les dates : 1940-1949. Cette constatation de Bromfield est
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Le grand principe de lutte contre l’érosion devra toujours être de maintenir
le sol en place.
En montagne, forêts et pâturages devront être l'objet de soins attentifs
pour éviter toute dégradation de la couverture vivante, seule capable de
maintenir le sol à l’abri des ruissellements dévastateurs. En montagne comme
en plaine, arbres ou arbustes devront toujours garnir les rives des cours d'eau,
pour limiter l’érosion des berges. Les torrents et ravins en activité seront
domestiqués par l'édification de seuils et de petits barrages. Là où la couverture végétale a disparu et où la pente rend difficile un reboisement direct,
on procédera, comme aux États-Unis, au Maroc, en Algérie, en Palestine, à la
création de terrasses, ou mieux de «banquettes», sur lesquelles, selon les
circonstances, des cultures, des arbres fruitiers ou la forêt pourront ensuite
s’installer. Là où forêts et pâturages ne suffiront pas à jouer complètement
leur rôle d’accumulateur d’eau, toutes les possibilités de création de bassins
de retenue devront être étudiées, de façon à réduire le ruissellement au minimum, et à favoriser au maximum l’infiltration. Plus cette dernière sera
importante, plus les cours d’eau seront réguliers, plus ils auront sur leurs
parcours de zones de résurgences favorables à la reproduction des Salmonidés
(Clark, 1948 ; Tody et Clark, 1951 ; Benson, 1953).
En plaine, les labours devront être exécutés suivant des lignes de niveau,
et non suivant des lignes de plus grande pente. Les cultures épuisantes devront
être faites uniquement sur des terres solides, et à la condition de les intercaler
dans d’autres cultures améliorantes comme les légumineuses. Le drainage
qui, pratiqué de façon inconsidérée lessive le sol, devra autant que possible
céder le pas à des façons culturales appropriées, permettant au sol d'absorber
l’eau jusqu’au moment où il pourra la restituer aux récoltes qu'il engendre.
Que la restauration des sols soit une œuvre difficile, onéreuse et de longue
haleine, cela n’est que trop vrai. Son prix de revient, qui atteint 75 000 francs
de l’hectare en Algérie (Boudy, 1951), nous montre l’énormité du capital
que nous avons dilapidé. La question n’en reste pas moins pour notre civili
sation un problème de vie ou de mort. Les résultats acquis jusqu'à présent,
en ce domaine, sont heureusement des plus encourageants. 11 n’est pas inutile
d’en citer ici quelques exemples, parmi les plus typiques :
Nous citerons d’abord Louis Bromfield, dont les ouvrages ont été tirés
en dizaines ou centaines de miniers d’exemplaires en diverses langues. On
sait que de retour aux États-Unis en 1940, il prit à cœur de rénover l’ancienne
ferme de Malabar, dont Je sol était complètement ruiné. Il résume ainsi
quelques résultats de ses efforts dans «Sports Afield » de janvier 1949 :
« Dans la rénovation des terres de Malabar, j'ai eu de nombreuses occasions d’observer l’accroissement du gibier et du poisson. Il a progressé en
raison directe de l’augmentation de fertilité du sol, ainsi que de la réduction
de l’érosion du sol et des alternances des crues et des bas étiages des rivières
qui en étaient la conséquence. »
Retenons les dates : 1940-1949. Cette constatation de Bromfield est
