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Les littoraux
s’inquiétèrent de ce recul que l’on estima alors entre 0,30 et 1 m par an, valeurs de
toute évidence exagérées. On avait généralisé des résultats, sans tenir compte du
caractère très irrégulier dans le temps et dans l’espace de l’érosion marine, en ayant
aussi confondu le retrait de la base des escarpements avec celui de leur sommet, accéléré par des actions de ravinement d’origine anthropique. En 1982, fut mis en chantier
un grand projet de stabilisation, sur une longueur de 2 km, des Sunset Cliffs. Son coût
s’éleva à 3,5 millions de dollars pris en charge par l’État de Californie (1,7 million de
dollars), la ville de San Diego (1,1 million de dollars) et les quarante propriétaires
concernés (0,7 million de dollars). On construisit un enrochement sur 300 m dans la
zone du déferlement et des murs de soutènement hauts de 2 à 8 m sur 500 m. Au total,
il fallut apporter 40 000 tonnes de gros blocs rocheux ainsi que 27 000 tonnes de
matériaux divers pour conforter par des remblais la stabilité des falaises. Cette opération se solda par un bilan médiocre. Dans les cinq mois qui suivirent son achèvement,
des tempêtes firent des dégâts estimés à 250 000 dollars dans les équipements mis en
place. Il n’y a plus de plage au pied des falaises dont l’accessibilité a été rendue difficile. Le paysage a été profondément dégradé. Avant de se lancer dans de tels travaux,
il aurait été plus raisonnable de procéder d’abord à une évaluation plus sérieuse de la
vitesse réelle du recul des falaises, d’éliminer les gravats accumulés à leur pied et
d’en interdir de nouveaux rejets, de contrôler le drainage des eaux, de limiter la
fréquentation humaine au sommet des falaises, enfin d’indemniser les propriétaires
dont les biens étaient menacés de destruction. Une alimentation artificielle périodique
en sable de l’estran aurait pu être ensuite envisagée.
► Ault, en Picardie, est connu comme l’archétype de la falaise de craie qui a
reculé inexorablement pendant l’époque historique, amputant le village de plusieurs
rues (Regrain, 1992). L’évolution se fait par sapement basal et écroulement à une
vitesse estimée suivant les endroits entre 0,30 et 0,70 m par an. À partir de la fin du
XIXe siècle, avec la mode des bains de mer, le village est de plus en plus fréquenté par
des Parisiens. Il devient une station balnéaire qui se dote de résidences secondaires,
d’hôtels et d’un casino en bordure de la falaise dont le retrait jusqu’ici accepté avec
résignation devient alors vite insupportable. La lutte contre la mer commença par le
recours à des épis en bois dont la finalité était de piéger les galets transportés par la
dérive littorale et de constituer ainsi, en avant de la falaise, une plage suffisamment
large pour que s’y dissipe l’énergie des vagues déferlantes. De fortes tempêtes en
1979 et 1981 montrèrent l’inanité de cette défense puisque de grands éboulements
entraînèrent de gros dégâts matériels pour des constructions qui surplombaient la mer.
On décida alors d’un traitement d’ensemble de la falaise qui se prolongea pendant
cinq ans. Il consista à édifier au pied de l’escarpement, sur une longueur de 500 m,
une digue large de 25 m, haute de près de 17 m au-dessus des pleines mers de viveseaux, et protégée par un puissant enrochement dont les plus gros blocs ont un poids
voisin de 6 tonnes. Quant au bord de l’escarpement, il fut recouvert sur la même
longueur par un couronnement en béton, doté d’une console formant un balcon sur la
mer, solidement ancré dans la roche crayeuse (fig. 109). On compléta le dispositif de
défense par un épaulement, fait de morceaux de craie et posé sur la digue, haut
d environ 7 m, destiné à protéger localement la moitié supérieure de l’escarpement.
En 1986 les travaux étaient terminés et la falaise n’a plus bougé depuis. Quelque
110 000 m3 de craie servirent à l’édification de la digue et du remblai qui la surmonte,
et 1 on eut recours à 74 000 m3 d’enrochement pour sa protection. Les dépenses s’élevèrent à 36,5 millions de francs, soit à 73 000 francs par mètre linéaire.
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