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Les littoraux
2. Classification zonale
Les deltas représentent une forme côtière azonale qui se rencontre depuis les
littoraux polaires jusqu’aux rivages équatoriaux. Mais, parce que les conditions
climatiques ont une influence sur les caractères de la sédimentation et sur les modalités de l’évolution morphologique, certains de leurs traits varient avec la latitude.
Les deltas des régions froides. — Les deltas sont nombreux et étendus sur les
rivages de l’océan Arctique. Côté sibérien, citons ceux de l’Indighirka, de la lana
et de la Lena, ce dernier étant gigantesque. Côté américain, il y a ceux du
Mackenzie et du Yukon qui sont les plus grands, mais aussi ceux plus petits des
rivières Ikpikpuk, Colville, Kuparuk.
Cette fréquence de deltas bien développés dans les régions froides est un fait
zonal. Il tient d’abord au débit solide des rivières abondamment alimentées en
matériel élastique par la gélifraction qui est active sur les versants. Ce n’est pas
tant la charge en suspension qui est importante, encore qu’elle ne soit pas négligeable (360 g.nL3 pour la rivière Colville qui a un bassin-versant de 50 000 km2
seulement). On manque de données fiables pour celle qui est tractée sur le fond,
mais l’on sait que le transport glaciel, c’est-à-dire par les glaces flottantes, est
capable de déplacer de grandes quantités de sédiments, y compris des blocs de
dimension considérable. Ensuite, le gel de l’eau de mer en hiver paralyse l’action
des vagues et des courants pendant plusieurs mois (la mer de Beaufort est gelée
huit mois par an), ce qui limite les possibilités de dispersion des alluvions continentales. Enfin, l’émersion de la côte pour des raisons de réajustement glacioisostatique favorise la progression des deltas.
Sur les fleuves qui débouchent dans l’océan Arctique, du fait de leur écoulement
du sud vers le nord, les crues de débâcle se produisent plus tôt à l’amont qu’à l’aval
englacé plus longtemps. Il en résulte de gigantesques inondations dans leur cours
inférieur, inondations qui favorisent de grandioses défluviations dans les deltas.
Les chenaux sont fréquemment entrelacés. Ils s’entaillent dans des sédiments
toujours gelés en profondeur (pergélisol). En été, l’eau courante provoque le dégel
des berges qui s’effondrent par paquets (thermo-érosion). Dans les interfluves, le
pergélisol explique le développement de structures polygonales (polygones géants
dits de toundra). L’expansion de coins de glace donne naissance à des collines de
quelques dizaines de mètres de haut, du type pingo, qui sont fréquentes dans le
delta du Mackenzie où elles apparaissent préférentiellement à l’emplacement de
lacs et de bras morts comblés.
Les dunes ne sont pas rares dans les deltas arctiques. Leur présence s’explique
par l’occurrence de vents efficaces, la disponibilité d’un matériel fin sur les levées
fluviatiles, la sécheresse ambiante, la débilité de la végétation. En hiver, le couvert
neigeux ralentit les phénomènes éoliens qui se manifestent surtout en été.
► Les deltas des régions sèches. — L’embouchure du Mehran donne un bon
exemple d’un delta construit par un organisme hydrographique dont tout le bassinversant se situe dans un milieu semi-aride (Baltzer et al., 1982). Ce fleuve draine
une partie de la chaîne du Zagros (sud-est de l’Iran) et il aboutit dans le golfe
Arabo-Persique. L’originalité de son delta tient à ce que les dépôts sont affectés
par des remaniements éoliens d’une part, par des phénomènes chimiques liés à
l’évaporation des eaux d’autre part.
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