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Les littoraux
L’épaisseur totale de la sédimentation holocène, des couches sommitales aux
couches de fond, varie beaucoup d’un delta à l’autre. Pour le Mississippi, on
l’estime à 150 m environ.
E. Classification des deltas
1. Classification morphologique
On peut classer les deltas en fonction de leur forme qui exprime un bilan dynamique. Ce bilan reflète à son tour le rapport de forces existant entre les actions
antagonistes, fluviales et marines, qui modèlent ce type d’embouchure.
Les deltas revêtent quatre grands types de forme dont l’ordre de présentation ciaprès suit une décroissance du rapport actions fluviales/actions marines.
► Les deltas digités sont liés à des actions fluviales importantes et des actions
marines faibles. Le fleuve avance dans la mer en se divisant en plusieurs chenaux
gainés de levées alluviales. On cite toujours comme illustration de ce type le sousdelta actif de Balize (Mississippi) dont la forme est justement célèbre. Mais,
d’autres exemples d’embouchures en patte d’oiseau ne manquent pas. Celui de la
rivière Cimanuk, dans l’ouest de Java, est aussi très démonstratif (fig. 90).
Les deltas lobés témoignent de l’efficacité des actions marines, capables
d’arrondir les saillants dus au dépôt des apports terrigènes. L’adoucissement du
contour des différents sous-deltas a pour effet de donner à l’ensemble du delta un
aspect multilobé. C’est celui qu’offrent les deltas du Danube et du Rhône.
► Les deltas arqués sont le résultat d’une régularisation encore plus poussée du
trait de côte par des séries de crêtes de plage appuyées sur les bouches du fleuve
qui ne dessinent pas de protubérances. C’est le cas du delta du Niger. C’était le cas
du delta du Nil avant le cinquième siècle de notre ère mais, depuis lors, la concentration de l’écoulement en deux bras seulement, au lieu de six ou sept auparavant,
explique l’édification des protubérances de Rosette et de Damiette qui ont déformé
le tracé arqué régulier préexistant.
► Les deltas triangulaires sont l’expression d’actions marines efficaces. Classiquement, en se fondant sur l’exemple du Tibre, en Italie, souvent cité, il est affirmé
que leur tracé concave vers la mer, de part et d’autre de l’avancée de l’embouchure, est dû à l’érosion et à la redistribution du matériel fluvial par les vagues.
Cependant, ce qui a été dit du delta du Sào Francisco montre que ce n’est pas
toujours le cas. Une forme triangulaire peut s’expliquer, non par une ablation
marine active aux dépens d’un alluvionnement fluvial, mais par une accumulation
marine plus importante que l’alluvionnement fluvial. Il reste que, quelle que soit la
situation, ce sont les actions marines, d’érosion ou d’accumulation, qui l’emportent nettement sur les actions fluviales.
En prenant en compte les trois principales forces (courant fluvial chargé en
sédiments, puissance de la houle, énergie des marées) qui concourent à l’élaboration des deltas en leur donnant une forme caractéristique, W. E. Galloway (1975) a
proposé de les classer en utilisant un diagramme à coordonnées triangulaires
(tig. 91). Il y a là un moyen utile de comparaison des deltas.
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