172
Les littoraux
Seine où le chenal aménagé est plus étroit, l’intrusion saline ici a remonté : entre
1959 et 1976, son front s’est déplacé vers l’amont de 15 km, pour des conditions
de débit fluvial et de marée égales, entraînant avec lui le bouchon vaseux. Celui-ci
a non seulement changé de position, mais sa charge solide s’est aussi accrue car
l’endiguement du chenal et le remblaiement artificiel des vasières latérales
(fig. 77) l’ont coupé des lieux naturels de dépôt des sédiments qu’il contient. Sa
charge a également été renforcée par les remises en suspension fréquentes des
particules minérales que provoque la répétition des dragages. Il en résulte un
colmatage plus actif des installations portuaires par la zone de turbidité maximale
dont la sédimentation, en étiage, se fait à la hauteur de Nantes et, en crue, à la
hauteur de Saint-Nazaire. On a aussi noté une augmentation des matériaux solides
d’origine marine dans l’estuaire au détriment de ceux d’origine continentale,
augmentation due non seulement à une plus grande ampleur de l’intrusion saline,
mais aussi à la régularisation du fleuve en amont de son embouchure et à la surexploitation des sables dans son lit.
Les aménagements ont eu d’autres conséquences qui ne sont ni sédimentologiques, ni géomorphologiques, mais que l’on peut signaler rapidement. La remontée
du front de salinité pose, surtout en période d’étiage, des problèmes de captage
d’eau douce pour couvrir des besoins urbains, industriels et agricoles. Elle menace
de contamination la nappe phréatique et, par voie de conséquence, de salinisation
les terres. La charge accrue du bouchon vaseux, son expulsion en mer moins
fréquente que naguère, son isolement des vasières latérales, ont augmenté la pollution de l’estuaire en renforçant le rôle de la zone de turbidité maximale sur la
fixation et la concentration des métaux lourds et des bactéries. Le déficit en
oxygène s’est aggravé. La flore et la faune en souffrent d’autant plus que l’amoindrissement des roselières riveraines a considérablement réduit la production de
matière organique et mis pratiquement fin à leur fonction d’épuration. On le voit,
l’équilibre dynamique naturel de l’estuaire a été profondément perturbé.
► Les aménagements dont la Gironde a fait l’objet sont à l’origine de modifications du régime hydrologique comparables à celles constatées dans l’embouchure
de la Loire : migration vers l’amont du front de salinité, stratification verticale plus
marquée, d’où un renforcement de la circulation résiduelle vers l’amont dans le
Fig. 77.
L artificialisation des rives de l’estuaire de la Loire (d’après F. Ottmann, 1978).
1 : digues. 2 : espaces remblayés.
Les littoraux
Seine où le chenal aménagé est plus étroit, l’intrusion saline ici a remonté : entre
1959 et 1976, son front s’est déplacé vers l’amont de 15 km, pour des conditions
de débit fluvial et de marée égales, entraînant avec lui le bouchon vaseux. Celui-ci
a non seulement changé de position, mais sa charge solide s’est aussi accrue car
l’endiguement du chenal et le remblaiement artificiel des vasières latérales
(fig. 77) l’ont coupé des lieux naturels de dépôt des sédiments qu’il contient. Sa
charge a également été renforcée par les remises en suspension fréquentes des
particules minérales que provoque la répétition des dragages. Il en résulte un
colmatage plus actif des installations portuaires par la zone de turbidité maximale
dont la sédimentation, en étiage, se fait à la hauteur de Nantes et, en crue, à la
hauteur de Saint-Nazaire. On a aussi noté une augmentation des matériaux solides
d’origine marine dans l’estuaire au détriment de ceux d’origine continentale,
augmentation due non seulement à une plus grande ampleur de l’intrusion saline,
mais aussi à la régularisation du fleuve en amont de son embouchure et à la surexploitation des sables dans son lit.
Les aménagements ont eu d’autres conséquences qui ne sont ni sédimentologiques, ni géomorphologiques, mais que l’on peut signaler rapidement. La remontée
du front de salinité pose, surtout en période d’étiage, des problèmes de captage
d’eau douce pour couvrir des besoins urbains, industriels et agricoles. Elle menace
de contamination la nappe phréatique et, par voie de conséquence, de salinisation
les terres. La charge accrue du bouchon vaseux, son expulsion en mer moins
fréquente que naguère, son isolement des vasières latérales, ont augmenté la pollution de l’estuaire en renforçant le rôle de la zone de turbidité maximale sur la
fixation et la concentration des métaux lourds et des bactéries. Le déficit en
oxygène s’est aggravé. La flore et la faune en souffrent d’autant plus que l’amoindrissement des roselières riveraines a considérablement réduit la production de
matière organique et mis pratiquement fin à leur fonction d’épuration. On le voit,
l’équilibre dynamique naturel de l’estuaire a été profondément perturbé.
► Les aménagements dont la Gironde a fait l’objet sont à l’origine de modifications du régime hydrologique comparables à celles constatées dans l’embouchure
de la Loire : migration vers l’amont du front de salinité, stratification verticale plus
marquée, d’où un renforcement de la circulation résiduelle vers l’amont dans le
Fig. 77.
L artificialisation des rives de l’estuaire de la Loire (d’après F. Ottmann, 1978).
1 : digues. 2 : espaces remblayés.
