Les estuaires
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E. Les aménagements : leurs effets sur le comportement
des estuaires
Jusqu’au siècle dernier les mécanismes naturels en jeu dans les estuaires n’ont
guère été modifiés par l’action de l’Homme. Certes, les vastes défrichements qui,
au cours des temps, réduisirent considérablement l’extension des forêts tempérées
ont eu pour conséquence, en favorisant le décapage des sols par le ruissellement,
d’augmenter la charge fine des fleuves, donc probablement d’accroître les phénomènes de colmatage dans les estuaires. Des marais étaient devenus des terres
agricoles protégées de l’inondation et ne pouvaient plus jouer le rôle de piège à
sédiments qui était le leur à l’état naturel. Mais, au total, les perturbations des
mécanismes en jeu dans les estuaires restaient limitées. Tout a changé, à partir du
milieu du XIXe siècle, spécialement dans les pays industrialisés où a été mis en
marche un processus continu et progressif d’interventions qui a introduit de
profonds changements dans la géométrie et l’hydrologie des estuaires. Deux buts
ont été recherchés : l’amélioration de la navigation d’une part, la conquête de
terres nouvelles d’autre part.
Pour permettre aux bateaux de mer de remonter le plus loin possible vers
l’amont, on cherche à favoriser au maximum la propagation et la pénétration de la
marée dans l’estuaire. Cette modification du régime hydrologique est obtenue par
l’aménagement d’un chenal de navigation à partir d’un chenal naturel qui fait
l’objet de transformations. Ce chenal est d’abord approfondi par des dragages et,
éventuellement, par des déroctages. Pour éviter ces derniers qui sont coûteux, on
cherche à mettre à profit, lorsqu’ils sont repérables, les paléolits des fleuves
creusés pendant le Quaternaire, lors des périodes de bas niveau marin, et enfouis
sous les alluvions meubles du fond de l’estuaire. Le chenal est ensuite régularisé .
des courbes de son tracé sont corrigées, des bras morts sont comblés, des îles et des
bancs sont supprimés. Il est aussi souvent calibré par endiguement de ses bords.
Parfois, on agit de sorte qu’il n’y ait plus qu’un chenal unique, balayé à la fois par
les courants de flot et de jusant qui sont alors capables d’assurer un autodragage,
voire un approfondissement du couloir de navigation. Ainsi, dans 1 estuaire de la
Seine, il n’y a plus aujourd’hui qu’un seul chenal artificiel, endigué jusqu a Rouen,
s à 120 km en amont de la mer, dont la profondeur a été portée de 3 a 6 m au§ dessous des plus basses marées.
® L’urbanisation et l’industrialisation des rives des estuaires ont ciéé un besoin
| pressant d’espace. Il était tentant de conquérir le domaine amphibie des terres
□ humides bordières, opération relativement bon marché qui avait en outi e 1 avan
ç fige d’éviter les conflits susceptibles de surgir d’un empiètement sur le secteur
, ® V0læ à l’agriculture. Les marais latéraux ont donc souvent été artificie ement
o æmblayés, parfois en utilisant directement les produits de dragage grâce a , emp oi
p he pompes aspirantes et foulantes, et protégés par des enrochements de érosion
| due au batillage. Quelques chiffres concernant l’estuaire de la Seine donnent une
idée de l'ampleur de cette conquête des terres intertidales (Avoine et a
)•
o Ces dernières couvraient 130 km2 en 1834, 60 km- en 1952, 31 m en
z Lig. 75). Aussi le volume de l’estuaire a-t-il été réduit de moitié, ar mer p eine,
I entre 1 embouchure et le pont de Tancarville, à 30 km a 1 amont, i lepresen ai
9 L6.109m3en 1834, 0,84.109 m3 seulement en 1978. À l’état naturel, on estime que
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E. Les aménagements : leurs effets sur le comportement
des estuaires
Jusqu’au siècle dernier les mécanismes naturels en jeu dans les estuaires n’ont
guère été modifiés par l’action de l’Homme. Certes, les vastes défrichements qui,
au cours des temps, réduisirent considérablement l’extension des forêts tempérées
ont eu pour conséquence, en favorisant le décapage des sols par le ruissellement,
d’augmenter la charge fine des fleuves, donc probablement d’accroître les phénomènes de colmatage dans les estuaires. Des marais étaient devenus des terres
agricoles protégées de l’inondation et ne pouvaient plus jouer le rôle de piège à
sédiments qui était le leur à l’état naturel. Mais, au total, les perturbations des
mécanismes en jeu dans les estuaires restaient limitées. Tout a changé, à partir du
milieu du XIXe siècle, spécialement dans les pays industrialisés où a été mis en
marche un processus continu et progressif d’interventions qui a introduit de
profonds changements dans la géométrie et l’hydrologie des estuaires. Deux buts
ont été recherchés : l’amélioration de la navigation d’une part, la conquête de
terres nouvelles d’autre part.
Pour permettre aux bateaux de mer de remonter le plus loin possible vers
l’amont, on cherche à favoriser au maximum la propagation et la pénétration de la
marée dans l’estuaire. Cette modification du régime hydrologique est obtenue par
l’aménagement d’un chenal de navigation à partir d’un chenal naturel qui fait
l’objet de transformations. Ce chenal est d’abord approfondi par des dragages et,
éventuellement, par des déroctages. Pour éviter ces derniers qui sont coûteux, on
cherche à mettre à profit, lorsqu’ils sont repérables, les paléolits des fleuves
creusés pendant le Quaternaire, lors des périodes de bas niveau marin, et enfouis
sous les alluvions meubles du fond de l’estuaire. Le chenal est ensuite régularisé .
des courbes de son tracé sont corrigées, des bras morts sont comblés, des îles et des
bancs sont supprimés. Il est aussi souvent calibré par endiguement de ses bords.
Parfois, on agit de sorte qu’il n’y ait plus qu’un chenal unique, balayé à la fois par
les courants de flot et de jusant qui sont alors capables d’assurer un autodragage,
voire un approfondissement du couloir de navigation. Ainsi, dans 1 estuaire de la
Seine, il n’y a plus aujourd’hui qu’un seul chenal artificiel, endigué jusqu a Rouen,
s à 120 km en amont de la mer, dont la profondeur a été portée de 3 a 6 m au§ dessous des plus basses marées.
® L’urbanisation et l’industrialisation des rives des estuaires ont ciéé un besoin
| pressant d’espace. Il était tentant de conquérir le domaine amphibie des terres
□ humides bordières, opération relativement bon marché qui avait en outi e 1 avan
ç fige d’éviter les conflits susceptibles de surgir d’un empiètement sur le secteur
, ® V0læ à l’agriculture. Les marais latéraux ont donc souvent été artificie ement
o æmblayés, parfois en utilisant directement les produits de dragage grâce a , emp oi
p he pompes aspirantes et foulantes, et protégés par des enrochements de érosion
| due au batillage. Quelques chiffres concernant l’estuaire de la Seine donnent une
idée de l'ampleur de cette conquête des terres intertidales (Avoine et a
)•
o Ces dernières couvraient 130 km2 en 1834, 60 km- en 1952, 31 m en
z Lig. 75). Aussi le volume de l’estuaire a-t-il été réduit de moitié, ar mer p eine,
I entre 1 embouchure et le pont de Tancarville, à 30 km a 1 amont, i lepresen ai
9 L6.109m3en 1834, 0,84.109 m3 seulement en 1978. À l’état naturel, on estime que
