Les marais maritimes
125
© a r m a n d
c o l in .
L a
p h o to c o p ie n o n
a u to ris é e e s t u n
d é lit.
appréciable de la puissance hydraulique de la rivière, donc de son effet de chasse
sur l’espace intertidal.
Tous ces travaux ont eu pour conséquence d’accroître considérablement l’accumulation de la tangue aux abords du Mont-Saint-Michel. Parallèlement, le développement
de la conchyliculture dans la partie occidentale de la baie accéléra le dépôt de sable sur
la slikke. Les tables ostréicoles qui couvrent 170 ha et les bouchots mytilicoles qui
s’allongent sur une dizaine de kilomètres (au total plus de 200 km de lignes de
bouchots) freinent la vitesse des courants de marée, augmentent la sédimentation et
stabilisent les dépôts. De son côté, la biodéposition contribue efficacement à l’accrétion. Enfin, il convient de signaler qu’autrefois 5.105 à 6.105m3 de tangue étaient
extraits chaque année lorsque la vase calcaire était utilisée comme amendement. De
tels prélèvements réduisaient considérablement le solde positif du bilan sédimentaire.
On le voit, le colmatage de la baie du Mont-Saint-Michel est un phénomène
naturel qui a été renforcé de manière appréciable par des interventions humaines. À la
fin des années soixante-dix, le Mont-Saint-Michel était encore entouré d’eau pendant
trois marées sur dix. Des simulations en modèle réduit, réalisées dans le laboratoire
de la SOGREAH, ont fait apparaître qu’avant la fin du siècle il ne le serait plus que
pendant une marée sur dix, sauf à entreprendre des travaux susceptibles de maintenir
son insularité. La seule suppression de certains aménagements dont les alentours du
Mont-Saint-Michel ont fait l’objet depuis plus d’un siècle ne suffirait pas pour maintenir un environnement marin. Afin de s’opposer aux atterrissements, une série
d’actions a été recommandée : réaménagement du Couesnon pour y stocker d’importants volumes d’eau lors des pleines mers et les libérer pendant le reflux afin
d’engendrer de puissants effets de chasse; création, avec la même finalité, de réservoirs à marée à l’est du Mont-Saint-Michel; démolition partielle de la digue d’accès à
l’abbaye pour rétablir des courants de marée que sa construction avait interrompus;
arasement sur presque toute sa longueur de la digue submersible de la Roche-Torin.
Cette dernière opération a eu lieu en 1983-84, mais les résultats obtenus n’ont pas été
ceux que Ton attendait : en dix ans, les schorres ont vu leur superficie augmenter de
166 ha. Il n’est pas aisé de contrarier une évolution naturelle. On doit maintenant
procéder au remplacement de la digue-route par une passerelle et à la destruction des
parkings existants, mais ce projet se heurte à la grogne des commerçants locaux qui
craignent une diminution significative de leur clientèle. On reparle aussi d'extraire de
gros volumes de tangue là où le comblement est le plus menaçant. Cependant il
convient de ne pas se nourrir d’illusions. On pourra au mieux, moyennant un financement lourd, retarder une échéance qui, dans la conjoncture actuelle, parait
inéluctable. À terme, le Mont-Saint-Michel est condamné à connaître le sort du Mont
Dol qui était encore une île il y a 3 ou 4 000 ans et qui est aujourd’hui entouré de tous
cotés par les terres de son marais asséché.
Orientation bibliographique
Allen J.R.L. — Salt-marsh growth and stratification : a numerical model with spécial référencé to the Severn estuary, Southwest Britain. Marine GeoL, 1990, 95, 77-96.
Baltzer F. et Lafond L.-R. — Marais maritimes tropicaux. Rev. Géogr. Phys. Géol. Dyn.,
1971,2, 173-196.
125
© a r m a n d
c o l in .
L a
p h o to c o p ie n o n
a u to ris é e e s t u n
d é lit.
appréciable de la puissance hydraulique de la rivière, donc de son effet de chasse
sur l’espace intertidal.
Tous ces travaux ont eu pour conséquence d’accroître considérablement l’accumulation de la tangue aux abords du Mont-Saint-Michel. Parallèlement, le développement
de la conchyliculture dans la partie occidentale de la baie accéléra le dépôt de sable sur
la slikke. Les tables ostréicoles qui couvrent 170 ha et les bouchots mytilicoles qui
s’allongent sur une dizaine de kilomètres (au total plus de 200 km de lignes de
bouchots) freinent la vitesse des courants de marée, augmentent la sédimentation et
stabilisent les dépôts. De son côté, la biodéposition contribue efficacement à l’accrétion. Enfin, il convient de signaler qu’autrefois 5.105 à 6.105m3 de tangue étaient
extraits chaque année lorsque la vase calcaire était utilisée comme amendement. De
tels prélèvements réduisaient considérablement le solde positif du bilan sédimentaire.
On le voit, le colmatage de la baie du Mont-Saint-Michel est un phénomène
naturel qui a été renforcé de manière appréciable par des interventions humaines. À la
fin des années soixante-dix, le Mont-Saint-Michel était encore entouré d’eau pendant
trois marées sur dix. Des simulations en modèle réduit, réalisées dans le laboratoire
de la SOGREAH, ont fait apparaître qu’avant la fin du siècle il ne le serait plus que
pendant une marée sur dix, sauf à entreprendre des travaux susceptibles de maintenir
son insularité. La seule suppression de certains aménagements dont les alentours du
Mont-Saint-Michel ont fait l’objet depuis plus d’un siècle ne suffirait pas pour maintenir un environnement marin. Afin de s’opposer aux atterrissements, une série
d’actions a été recommandée : réaménagement du Couesnon pour y stocker d’importants volumes d’eau lors des pleines mers et les libérer pendant le reflux afin
d’engendrer de puissants effets de chasse; création, avec la même finalité, de réservoirs à marée à l’est du Mont-Saint-Michel; démolition partielle de la digue d’accès à
l’abbaye pour rétablir des courants de marée que sa construction avait interrompus;
arasement sur presque toute sa longueur de la digue submersible de la Roche-Torin.
Cette dernière opération a eu lieu en 1983-84, mais les résultats obtenus n’ont pas été
ceux que Ton attendait : en dix ans, les schorres ont vu leur superficie augmenter de
166 ha. Il n’est pas aisé de contrarier une évolution naturelle. On doit maintenant
procéder au remplacement de la digue-route par une passerelle et à la destruction des
parkings existants, mais ce projet se heurte à la grogne des commerçants locaux qui
craignent une diminution significative de leur clientèle. On reparle aussi d'extraire de
gros volumes de tangue là où le comblement est le plus menaçant. Cependant il
convient de ne pas se nourrir d’illusions. On pourra au mieux, moyennant un financement lourd, retarder une échéance qui, dans la conjoncture actuelle, parait
inéluctable. À terme, le Mont-Saint-Michel est condamné à connaître le sort du Mont
Dol qui était encore une île il y a 3 ou 4 000 ans et qui est aujourd’hui entouré de tous
cotés par les terres de son marais asséché.
Orientation bibliographique
Allen J.R.L. — Salt-marsh growth and stratification : a numerical model with spécial référencé to the Severn estuary, Southwest Britain. Marine GeoL, 1990, 95, 77-96.
Baltzer F. et Lafond L.-R. — Marais maritimes tropicaux. Rev. Géogr. Phys. Géol. Dyn.,
1971,2, 173-196.
