Les marais maritimes
111
ce niveau permet la progradation du schorre. Celui-ci s’exhausse aussi par des atterrissements, plus importants à proximité qu’à distance des chenaux de marée.
L’altitude qui détermine le temps de la submersion intervient également : le colmatage avance plus rapidement dans les parties basses que dans les parties hautes du
schorre.
© a r m a n d
c o l in .
L a
p h o to c o p ie n o n
a u to ris é e e s t u n
d é lit.
3. Le bilan sédimentaire
Il existe plusieurs méthodes pour évaluer le dépôt ou l’érosion de sédiments
dans les marais maritimes de la zone tempérée (Guilcher, 1979). Le procédé le plus
précis pour évaluer l’accrétion consiste à mettre en place un semis de sable audessus duquel l’accumulation est mesurée par des carottages répétés. Si la bioturbation est forte, l’horizon témoin peut être remplacé par une couche de polyester.
Pour l’érosion, aussi bien le recul d’une microfalaise que l’ablation aréolaire de
sédiments, des piquets qui servent de repères sont utilisés. Lorsque l’évolution est
rapide, la comparaison de photographies successives, aériennes verticales ou obliques au sol, est utile. La cartographie automatique diachronique à partir
d’enregistrements de satellites a aussi donné des résultats intéressants (Regrain,
1980).
Les vitesses de sédimentation verticale dans les marais maritimes, qui sont
variables dans le temps et irrégulières dans l’espace, se situent en moyenne entre
quelques millimètres et quelques centimètres par an. Dans le marais de Sapelo
Island, en Géorgie (U.S.A.), l’accroissement mesuré au cours d’une année a été de
6,5 mm, mais seulement de 2 mm l’année suivante. Dans un marais du Norfolk, en
Angleterre, il est estimé à 1 cm/an. En un endroit favorisé de l’anse de l’Aiguillon,
E Verger (1968) a relevé une sédimentation exceptionnelle de 18 cm/an. Dans le
même marais, près du Chenal Vieux, le schorre a progressé latéralement de 13 m/
an entre 1912 et 1958. Dans la baie d’Authie (Picardie), les mollières se sont beaucoup développées entre 1878 et 1955 (fig. 46). Dans la baie du Mont-Saint-Michel,
le bilan sédimentaire annuel positif est évalué entre 10ô et 1,5.106 m3 de tangue,
soit une épaisseur moyenne supplémentaire de matériel de 2 cm.
Des phénomènes d’ablation ont aussi été mesurés. Une microfalaise entre un
schorre et une slikke d’un marais de l’estuaire du Conquet, en Bretagne, a reculé
de plus de 4 m en cinq ans. Mais, A. Guilcher (1981) a montré qu’un tel retrait
n’indiquait pas nécessairement une érosion généralisée. Un schorre peut faire
apparaître en même temps un démaigrissement latéral et un accroissement vertical.
Quelquefois une microfalaise est relayée à distance par une haute slikke en cours
d accrétion, les blocs éboulés de la première alimentant en vase, après désintégration, la seconde. Ce cycle de la vase suggère un état d’équilibre. Pour les marais de
la côte occidentale de la France, F. Verger (1968) pense que, dans l’ensemble, le
solde sédimentaire est positif. Pour tous ceux de la zone tempérée, A. Guilcher
(1981), à l’issue d’une enquête exhaustive, conclut au moins à une stabilité. Cet
état de choses contraste avec le démaigrissement généralisé dont souffrent les
plages à travers le monde. Il permet aux marais maritimes, du moins à beaucoup
d entre eux, de compenser par la sédimentation dont ils sont le siège, la légère
élévation contemporaine du niveau de la mer et d’écarter ainsi une menace de
■ étrécissement par submersion.
111
ce niveau permet la progradation du schorre. Celui-ci s’exhausse aussi par des atterrissements, plus importants à proximité qu’à distance des chenaux de marée.
L’altitude qui détermine le temps de la submersion intervient également : le colmatage avance plus rapidement dans les parties basses que dans les parties hautes du
schorre.
© a r m a n d
c o l in .
L a
p h o to c o p ie n o n
a u to ris é e e s t u n
d é lit.
3. Le bilan sédimentaire
Il existe plusieurs méthodes pour évaluer le dépôt ou l’érosion de sédiments
dans les marais maritimes de la zone tempérée (Guilcher, 1979). Le procédé le plus
précis pour évaluer l’accrétion consiste à mettre en place un semis de sable audessus duquel l’accumulation est mesurée par des carottages répétés. Si la bioturbation est forte, l’horizon témoin peut être remplacé par une couche de polyester.
Pour l’érosion, aussi bien le recul d’une microfalaise que l’ablation aréolaire de
sédiments, des piquets qui servent de repères sont utilisés. Lorsque l’évolution est
rapide, la comparaison de photographies successives, aériennes verticales ou obliques au sol, est utile. La cartographie automatique diachronique à partir
d’enregistrements de satellites a aussi donné des résultats intéressants (Regrain,
1980).
Les vitesses de sédimentation verticale dans les marais maritimes, qui sont
variables dans le temps et irrégulières dans l’espace, se situent en moyenne entre
quelques millimètres et quelques centimètres par an. Dans le marais de Sapelo
Island, en Géorgie (U.S.A.), l’accroissement mesuré au cours d’une année a été de
6,5 mm, mais seulement de 2 mm l’année suivante. Dans un marais du Norfolk, en
Angleterre, il est estimé à 1 cm/an. En un endroit favorisé de l’anse de l’Aiguillon,
E Verger (1968) a relevé une sédimentation exceptionnelle de 18 cm/an. Dans le
même marais, près du Chenal Vieux, le schorre a progressé latéralement de 13 m/
an entre 1912 et 1958. Dans la baie d’Authie (Picardie), les mollières se sont beaucoup développées entre 1878 et 1955 (fig. 46). Dans la baie du Mont-Saint-Michel,
le bilan sédimentaire annuel positif est évalué entre 10ô et 1,5.106 m3 de tangue,
soit une épaisseur moyenne supplémentaire de matériel de 2 cm.
Des phénomènes d’ablation ont aussi été mesurés. Une microfalaise entre un
schorre et une slikke d’un marais de l’estuaire du Conquet, en Bretagne, a reculé
de plus de 4 m en cinq ans. Mais, A. Guilcher (1981) a montré qu’un tel retrait
n’indiquait pas nécessairement une érosion généralisée. Un schorre peut faire
apparaître en même temps un démaigrissement latéral et un accroissement vertical.
Quelquefois une microfalaise est relayée à distance par une haute slikke en cours
d accrétion, les blocs éboulés de la première alimentant en vase, après désintégration, la seconde. Ce cycle de la vase suggère un état d’équilibre. Pour les marais de
la côte occidentale de la France, F. Verger (1968) pense que, dans l’ensemble, le
solde sédimentaire est positif. Pour tous ceux de la zone tempérée, A. Guilcher
(1981), à l’issue d’une enquête exhaustive, conclut au moins à une stabilité. Cet
état de choses contraste avec le démaigrissement généralisé dont souffrent les
plages à travers le monde. Il permet aux marais maritimes, du moins à beaucoup
d entre eux, de compenser par la sédimentation dont ils sont le siège, la légère
élévation contemporaine du niveau de la mer et d’écarter ainsi une menace de
■ étrécissement par submersion.
