En approchant de ces petits rameaux blafards, le faisceau de ma lampe
m en révéla la véritable couleur : c'était du corail rouge. « l’or rouge »
tant convoité depuis des siècles par les explorateurs du monde sousmarin, témoins d aventures qui avaient nourri les rêves des plongeurs de
ma génération.
Chaque éclair de flash grava dans ma mémoire des images de force,
d harmonie, de vitalité, qui allaient demeurer indéfectiblement associées
à mes rapports avec cette mer.
Plus je la connais, plus je veux en approfondir la découverte. Dès que
j apprends I existence d’un animal de moi inconnu, je me lance aussitôt
à sa recherche. C'est le secret grâce auquel on est capable de saisir des
images exceptionnelles, seulement accessibles à ceux qui ont la conviction de pouvoir les trouver II faut chercher introduire sa tête dans les
trous, appuyer son nez sur les rochers pour découvrir ce qui ne serait
jamais visible autrement. Une fois, dans une photo prise de très près,
avec un rapport 1:1, c’est-à-dire un cadrage de seulement 3,5 cm, j’ai
réussi à inclure pas moins de cinq espèces différentes d’animaux... dont
deux ne me sont apparues qu’à la projection de la diapositive ! N'estce pas prodigieux ? Eh bien, c'est cela qui fait tout à la fois le mystère et
la richesse de la Méditerranée, en dépit de l'homme et de toutes les
nuisances qu'il lui fait endurer
La seule fois où j’ai participé à une compétition de photographie subaquatique, non pas comme concurrent, mais en tant qu'assistant de mon
ami Giovanni, c’était à Naples. Nous étions en mars, et nous avions choisi
de nous poster sur un minuscule haut-fond situé à une quinzaine de
mètres de profondeur au large de Gaiola. Je connaissais bien cet endroit
pour y être déjà venu longtemps auparavant sur les conseils d'un vieux
pêcheur Mais, cette fois, quelle surprise ! Nous avons photographié des langoustes, des crevettes,
des nudibranches, une murène, des gorgones... J'avais cessé de fréquenter cet endroit depuis
sept ans et, au cours de ce laps de temps, il setait repeuplé d’une façon spectaculaire, révélatrice de l'extraordinaire vitalité de cette mer Nous avons gagné la compétition, Giovanni et moi,
mais la véritable victoire revient à la Méditerranée, à sa force de régénération. Évidemment, si
l’on plonge aux endroits les plus fréquentés, il y a beaucoup de poissons que l’on ne voit pas.
Mais, en dehors de la période estivale, quand les touristes ont regagné les villes, que les armadas de bateaux de plaisance ont disparu et que la mer semble pousser un soupir de soulage
ment, alors tout devient possible, et la Méditerranée peut offrir tout ce quelle possède.
Page ci-contre : la macrophotographie permet de pénétrer au cœur de la structure des organismes marins pour en souligner
les aspects insolites, comme ce tentacule spiralé d’une anémone de mer (Anemonia tulcata). En haut : les jeux de lumière et la
perspective de prise de vue créent ici un effet de trompe-l’œil associant l’ombre du bateau qui se trouve à la surface et le petit
cténophore placé en dessous. A droite : une crevette (Paloemon terratui) a choisi une bouteille pour taniere.
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