Susan Samnion explore un canyon corallien au Temple, un
site de plongée dans le Golfe d'Aqaba.
de bateaux de plongée ne sont pas aussi consciencieux que Freddy. Une ancre
mouillée négligemment peut, en quelque secondes, briser d’importantes formations
coralliennes qui ont mis des centaines d’années à se construire. Les plongeurs euxmêmes peuvent abîmer le récif, en se cognant ou en brisant involontairement les
délicates colonies d’un coup de palmes. La plupart des bateaux utilisent des mouillages
permanents autour du cap, et de nombreux guides cherchent à responsabiliser leurs
clients. Mais compte tenu du nombre très important de visiteurs, les accidents sont
inévitables, et à chaque accident, un autre élément de l’écosystème récifal est perdu
— pour des dizaines ou des centaines d’années.
Le tourisme n’est pas la seule menace qui plane sur Ras Muhammad. A
2 000 mètres de profondeur, au niveau des sources géothermales et des zones d’eaux
chaudes et saumâtres où l’avenir géologique de la mer Rouge prend forme,
d’importantes quantités de métaux précieux se mêlent aux sédiments vaseux qui
sont rejetés à la sortie des sources. Selon le Dr Clark, certains de ces points chauds
« concentrent cinq mille fois plus de fer, vingt-cinq mille fois plus de manganèse
et trente mille fois plus de plomb qu’une eau de mer normale. » Des scientifiques
soviétiques estiment qu’au-delà de 2 000 mètres, le premier mètre de sédiment recèle
plus de deux milliards de dollars de cuivre, d’argent et de zinc.
En 1979, les ingénieurs de Preussag, une compagnie minière allemande, ont
réussi à pomper cette vase riche en métaux. Ils se sont ensuite associés avec les
gouvernements d’Arabie Saoudite et du Soudan pour exploiter ces métaux.
Mais ces sources posent un problème préoccupant : la vase en question est
chargée de métaux lourds extrêmement toxiques et aucune forme de vie plus évoluée
que les bactéries ne peut y vivre. Pendant quinze mille ans, rien n’a troublé ces
sédiments engloutis sous deux mille mètres d’eau, et ils ne se sont jamais mêlés
aux eaux sus-jacentes. Preussag propose de pomper cent mille tonnes de vase chaque
jour à l’aide d’un bateau-minier où les minéraux seraient concentrés à 1 % du volume
total de vase. Les 99 % restants seraient rejetés à la mer.
Le Dr Clark estime que ces résidus stériles, bourrés de métaux lourds
toxiques, représentent un risque majeur pour l’environnement. Preussag propose
de rejeter les boues loin sous la surface. Des experts ont réalisé des études sur des
populations de plancton et ont conclu que les boues toxiques seraient suffisamment
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LA MER ROUGE
site de plongée dans le Golfe d'Aqaba.
de bateaux de plongée ne sont pas aussi consciencieux que Freddy. Une ancre
mouillée négligemment peut, en quelque secondes, briser d’importantes formations
coralliennes qui ont mis des centaines d’années à se construire. Les plongeurs euxmêmes peuvent abîmer le récif, en se cognant ou en brisant involontairement les
délicates colonies d’un coup de palmes. La plupart des bateaux utilisent des mouillages
permanents autour du cap, et de nombreux guides cherchent à responsabiliser leurs
clients. Mais compte tenu du nombre très important de visiteurs, les accidents sont
inévitables, et à chaque accident, un autre élément de l’écosystème récifal est perdu
— pour des dizaines ou des centaines d’années.
Le tourisme n’est pas la seule menace qui plane sur Ras Muhammad. A
2 000 mètres de profondeur, au niveau des sources géothermales et des zones d’eaux
chaudes et saumâtres où l’avenir géologique de la mer Rouge prend forme,
d’importantes quantités de métaux précieux se mêlent aux sédiments vaseux qui
sont rejetés à la sortie des sources. Selon le Dr Clark, certains de ces points chauds
« concentrent cinq mille fois plus de fer, vingt-cinq mille fois plus de manganèse
et trente mille fois plus de plomb qu’une eau de mer normale. » Des scientifiques
soviétiques estiment qu’au-delà de 2 000 mètres, le premier mètre de sédiment recèle
plus de deux milliards de dollars de cuivre, d’argent et de zinc.
En 1979, les ingénieurs de Preussag, une compagnie minière allemande, ont
réussi à pomper cette vase riche en métaux. Ils se sont ensuite associés avec les
gouvernements d’Arabie Saoudite et du Soudan pour exploiter ces métaux.
Mais ces sources posent un problème préoccupant : la vase en question est
chargée de métaux lourds extrêmement toxiques et aucune forme de vie plus évoluée
que les bactéries ne peut y vivre. Pendant quinze mille ans, rien n’a troublé ces
sédiments engloutis sous deux mille mètres d’eau, et ils ne se sont jamais mêlés
aux eaux sus-jacentes. Preussag propose de pomper cent mille tonnes de vase chaque
jour à l’aide d’un bateau-minier où les minéraux seraient concentrés à 1 % du volume
total de vase. Les 99 % restants seraient rejetés à la mer.
Le Dr Clark estime que ces résidus stériles, bourrés de métaux lourds
toxiques, représentent un risque majeur pour l’environnement. Preussag propose
de rejeter les boues loin sous la surface. Des experts ont réalisé des études sur des
populations de plancton et ont conclu que les boues toxiques seraient suffisamment
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LA MER ROUGE
