PAR UN JOUR DE JUIN 1990, je me promène avec Susan sur la rive du lac Baïkal,
en Sibérie. Depuis trois jours, nous sommes impatients de plonger, mais avec le
décalage horaire il serait imprudent de travailler dès maintenant dans les
eaux gelées du lac. Il y a treize heures de décalage entre New York et le lac
Baïkal, situé à 4 000 kilomètres à l’est de Moscou ; pour nous, une inversion
complète du jour et de la nuit. Même s’il était encore plus éloigné, le lac
Baïkal vaudrait le voyage. Parmi les sept merveilles que nous avons retenues,
le lac Baïkal occupe une place à part ; c’est le seul site en eau douce, le seul
site « continental », cerné de montagnes, à 2 000 kilomètres de l’océan le plus
proche. Et ce sont certainement les eaux les plus froides dans lesquelles Susan
et moi auront à plonger. Cinq autres sites de plongée sont situés sous les tropiques et les oasis abyssales sont hors de portée de n’importe quel plongeur.
En un sens, le lac Baïkal a une valeur symbolique dans notre projet, car il concentre une bonne part des trésors que recèlent les eaux douces de la planète. Et quel symbole ! Les géologues estiment que la genèse du Baïkal,
vieux de 50 000 ans, remonte à 20 ou 25 millions d’années — c’est le lac le plus
ancien sur Terre. Le lac Tanganyika, le second en âge, également situé sur un rift,
est pratiquement aussi profond mais n’a « que » 5 millions d’années. Les Grands
Lacs, en comparaison, se sont formés il y a 20 000 ans.
Un cinquième des eaux douces mondiales (si l’on exclut 1 eau gelee des
champs de glace de l’Antarctique) est contenu dans la cuvette du lac Baïkal, qui
s’étend sur près de 650 kilomètres. Pour vider le lac, le seul déversoir existant, la
rivière Angara, devrait couler à son débit actuel pendant 400 ans. Aucun autre lac
sur la Terre ne contient autant d’eau douce ; meme les Grands Lacs américains
comptent à eux cinq moins d’eau que le Baïkal.
Durant la trêve estivale, les navires font la navette entre les
villes et villages situés au bord du lac. En janvier, le mois le plus
froid, seule la partie la plus méridionale du lac, près de la rivière
Angara, ne gèle pas. Le reste du lac disparait sous un mètre de
glace et les camions, les mobylettes et les traîneaux sont les seuls
moyens de traverser. Pendant l'hiver, les scientifiques partent très
loin sur le lac pour observer les phoques dans leurs chambres de
glace.
PAGE 46 Les eaux très froides du lac Baïkal abritent des
poissons inféodés au fond du lac, les chabots, qui passent une
grande partie de leur vie sur des éponges vertes. La vase et les
sédiments qui résultent des déboisements menacent leur survie.
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en Sibérie. Depuis trois jours, nous sommes impatients de plonger, mais avec le
décalage horaire il serait imprudent de travailler dès maintenant dans les
eaux gelées du lac. Il y a treize heures de décalage entre New York et le lac
Baïkal, situé à 4 000 kilomètres à l’est de Moscou ; pour nous, une inversion
complète du jour et de la nuit. Même s’il était encore plus éloigné, le lac
Baïkal vaudrait le voyage. Parmi les sept merveilles que nous avons retenues,
le lac Baïkal occupe une place à part ; c’est le seul site en eau douce, le seul
site « continental », cerné de montagnes, à 2 000 kilomètres de l’océan le plus
proche. Et ce sont certainement les eaux les plus froides dans lesquelles Susan
et moi auront à plonger. Cinq autres sites de plongée sont situés sous les tropiques et les oasis abyssales sont hors de portée de n’importe quel plongeur.
En un sens, le lac Baïkal a une valeur symbolique dans notre projet, car il concentre une bonne part des trésors que recèlent les eaux douces de la planète. Et quel symbole ! Les géologues estiment que la genèse du Baïkal,
vieux de 50 000 ans, remonte à 20 ou 25 millions d’années — c’est le lac le plus
ancien sur Terre. Le lac Tanganyika, le second en âge, également situé sur un rift,
est pratiquement aussi profond mais n’a « que » 5 millions d’années. Les Grands
Lacs, en comparaison, se sont formés il y a 20 000 ans.
Un cinquième des eaux douces mondiales (si l’on exclut 1 eau gelee des
champs de glace de l’Antarctique) est contenu dans la cuvette du lac Baïkal, qui
s’étend sur près de 650 kilomètres. Pour vider le lac, le seul déversoir existant, la
rivière Angara, devrait couler à son débit actuel pendant 400 ans. Aucun autre lac
sur la Terre ne contient autant d’eau douce ; meme les Grands Lacs américains
comptent à eux cinq moins d’eau que le Baïkal.
Durant la trêve estivale, les navires font la navette entre les
villes et villages situés au bord du lac. En janvier, le mois le plus
froid, seule la partie la plus méridionale du lac, près de la rivière
Angara, ne gèle pas. Le reste du lac disparait sous un mètre de
glace et les camions, les mobylettes et les traîneaux sont les seuls
moyens de traverser. Pendant l'hiver, les scientifiques partent très
loin sur le lac pour observer les phoques dans leurs chambres de
glace.
PAGE 46 Les eaux très froides du lac Baïkal abritent des
poissons inféodés au fond du lac, les chabots, qui passent une
grande partie de leur vie sur des éponges vertes. La vase et les
sédiments qui résultent des déboisements menacent leur survie.
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