Je glisse le long d’un mur presque vertical, une descente de 33 mètres. En
regardant vers le fond, je ne vois rien d’autre qu’un mur d’eau opaque et bleu profond. Je n’entends que mes bulles. Entre les respirations, je sens mon cœur battre.
Le reste du monde est vraiment très loin.
Parfois, je croise un poisson-gâchette {Canthidermis sufflamen), presque rond,
avec ses lèvres proéminentes. C’est un poisson assez rare à ces profondeurs, car
il préfère les fonds océaniques. Tout à coup, sortant lentement du brouillard épais
et bleu, j’aperçois une raie manta de un mètre quatre-vingts d’envergure. Elle se
déplace lentement, la bouche ouverte, et engloutit le plancton en battant de ses
ailes massives. L’animal majestueux disparaît peu à peu dans le lointain. J’aurais
aimé en garder l’image sur ma pellicule, mais j’ai appris depuis longtemps qu’il
est impossible de suivre les poissons, petits ou grands.
Après dix minutes à 25 mètres, je remonte doucement vers la surface.
Comme tous les plongeurs, je ne dois pas remonter trop vite. Sinon, l’air comprimé dans mon corps se dilaterait trop rapidement, créant une embolie douloureuse, peut-être même fatale.
Sur la crête récifale, où la nourriture est plus variée, les poissons sont plus
abondants ; il y a beaucoup de jeunes. Mérous, grogneurs, lutjans, poissons-limes
et carangues cherchent inlassablement leur nourriture tout en surveillant les prédateurs. La lumière du petit matin traverse l’eau et découpe la silhouette des poissons qui examinent avec curiosité cet étrange visiteur de leur royaume. J’aime plonger
aux premières heures du jour, lorsque les animaux nocturnes retrouvent la sécurité des recoins et des anfractuosités du récif, tandis qu’émergent les poissons diurnes. Comme dans un sous-marin surpeuplé, ils quittent leur couchette pour aller
travailler, et la laissent aux poissons de la nuit.
Travaillant rapidement comme on doit le faire sous l’eau, je commence
à photographier la flore et la faune de cet environnement marin spectaculaire. Peutêtre aurai-je une bonne photo par pellicule ! C’est à peu près le taux de réussite
des meilleurs photographes professionnels. Nous sommes sous 1 eau depuis presque une heure, dans un site isolé que peu de plongeurs connaissent. Mon equipier
tape sur sa bouteille pour attirer mon attention, et me fait signe que nous devons
rentrer au bateau, le Belize Aggressor.
LE RÉCIF-BARRIÈRE DE BELIZE
Bien que les limes (Lima scabra) soient d'un rouge vif, ils
paraissent marron à 18 mètres, car les couleurs sont filtrées de
façon sélective au fur et à mesure que la profondeur augmente.
Avec un projecteur sousmann, les photographes peuvent restituer
les couleurs réelles.
25
regardant vers le fond, je ne vois rien d’autre qu’un mur d’eau opaque et bleu profond. Je n’entends que mes bulles. Entre les respirations, je sens mon cœur battre.
Le reste du monde est vraiment très loin.
Parfois, je croise un poisson-gâchette {Canthidermis sufflamen), presque rond,
avec ses lèvres proéminentes. C’est un poisson assez rare à ces profondeurs, car
il préfère les fonds océaniques. Tout à coup, sortant lentement du brouillard épais
et bleu, j’aperçois une raie manta de un mètre quatre-vingts d’envergure. Elle se
déplace lentement, la bouche ouverte, et engloutit le plancton en battant de ses
ailes massives. L’animal majestueux disparaît peu à peu dans le lointain. J’aurais
aimé en garder l’image sur ma pellicule, mais j’ai appris depuis longtemps qu’il
est impossible de suivre les poissons, petits ou grands.
Après dix minutes à 25 mètres, je remonte doucement vers la surface.
Comme tous les plongeurs, je ne dois pas remonter trop vite. Sinon, l’air comprimé dans mon corps se dilaterait trop rapidement, créant une embolie douloureuse, peut-être même fatale.
Sur la crête récifale, où la nourriture est plus variée, les poissons sont plus
abondants ; il y a beaucoup de jeunes. Mérous, grogneurs, lutjans, poissons-limes
et carangues cherchent inlassablement leur nourriture tout en surveillant les prédateurs. La lumière du petit matin traverse l’eau et découpe la silhouette des poissons qui examinent avec curiosité cet étrange visiteur de leur royaume. J’aime plonger
aux premières heures du jour, lorsque les animaux nocturnes retrouvent la sécurité des recoins et des anfractuosités du récif, tandis qu’émergent les poissons diurnes. Comme dans un sous-marin surpeuplé, ils quittent leur couchette pour aller
travailler, et la laissent aux poissons de la nuit.
Travaillant rapidement comme on doit le faire sous l’eau, je commence
à photographier la flore et la faune de cet environnement marin spectaculaire. Peutêtre aurai-je une bonne photo par pellicule ! C’est à peu près le taux de réussite
des meilleurs photographes professionnels. Nous sommes sous 1 eau depuis presque une heure, dans un site isolé que peu de plongeurs connaissent. Mon equipier
tape sur sa bouteille pour attirer mon attention, et me fait signe que nous devons
rentrer au bateau, le Belize Aggressor.
LE RÉCIF-BARRIÈRE DE BELIZE
Bien que les limes (Lima scabra) soient d'un rouge vif, ils
paraissent marron à 18 mètres, car les couleurs sont filtrées de
façon sélective au fur et à mesure que la profondeur augmente.
Avec un projecteur sousmann, les photographes peuvent restituer
les couleurs réelles.
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