Une Oasis au Cœur des Abysses
C’EST DANS UNE PUBLICATION du National Géographie, en 1979, que j’entendis
parler pour la première fois d’écosystèmes hydrothermaux dans les abysses. Les
photographies d’Emory Kristof étaient stupéfiantes : des vers vivant dans des tubes
de près de 2 mètres, de grands bivalves de 30 centimètres à la coquille blanche, et
des siphonophores « dandelion », qui vivent à des milliers de mètres sous la surface
de l’eau, dans le noir absolu, sur les coulées de laves et les piliers basaltiques riches
en minéraux.
J’ai souvent rêvé depuis d’explorer et de photographier ces oasis, qui méritent vraiment de figurer parmi les merveilles du monde sous-marin. Mais le coût
de telles explorations en submersible (environ vingt mille dollars par jour en 1991)
me les rendait inaccessibles. Grâce à Emory Kristof et trois amis que je remercie,
le Dr Dan Fornari de l’Observatoire Géologique de Lamont-Doherty à l’Université de Columbia, le Dr Rachel Haymon de l’Université de Californie à Santa Barbara, et Al Giddings de la Société Océan Images, j’ai pu recueillir des photographies
uniques de la merveille sous-marine la plus étonnante. Dans les pages qui suivent,
Emory expliquera pourquoi la découverte des phénomènes d’hydrothermalisme
profond est importante, tandis que Dan et Rachel rapporteront l’exploration d’une
source active par V Alvin ; vous pourrez ainsi découvrir quelques-uns des aspects
les plus intéressants de la biologie et de la géologie des sources.
LES SOURCES HYDROTHERMALES PROFONDES
par Emory Kristof
LA VISION QUE J’EUS, avec la géologue Kathy Crâne et le pilote Dudley Foster,
depuis le hublot du submersible Alvin, en 1979, fut terriblement surprenante. À
2 500 mètres de profondeur, sur la fracture des Galapagos, nous étions entourés
PAGE I 58 Depuis 1964, le submersible Alvin a permis aux
chercheurs américains d'explorer le fond des océans. Équipé de
télévisions, de caméras stéréo et d’appareds photo, de matériel de
prélèvement et d'échantillonnage de l'eau, des organismes et des
sédiments ainsi que d'un distancemètre acoustique, /'Alvin peut
descendre à 3 800 mètres de profondeur. Son nom est un
hommage à Allyn Vine, un scientifique de l'institut
Océanographique de Woods Hole, fervent défenseur des
submersibles, qui avait participé à la conception de ce modèle.
Emory Kristof photographe au National Géographie, a eu la
chance d’ accompagner /'Alvin au cours de différentes missions de
recherche dans plusieurs océans, (© National Géographie Society)
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