UN UNIVERS SANS PESANTEUR, MAIS SOUS PRESSION
Une autre caractéristique de l’eau de mer réside dans sa capacité
à supprimer en apparence la pesanteur. Une fois la peur de l’eau
jugulée, on s’aperçoit en effet qu’on peut y flotter aussi bien
qu’un chien, un cheval ou un autre animal. Notre appréhension
de l’eau vient en partie de notre peur ancestrale du vide en milieu
atmosphérique où l’on est forcément entraîné à vive allure vers le
bas par le jeu de la pesanteur. L’eau doit sa propriété « porteuse »
à sa densité considérablement plus élevée que celle de l’air. Par
ailleurs, la salinité augmente sa densité, ce qui explique qu’on
flotte mieux dans la mer qu’en piscine, en Méditerranée que
dans l’océan. Dans la mer Morte où la salinité peut atteindre
400 %o, il est possible de rester assis à la surface sans difficulté à
condition de protéger ses fesses de la brûlure du sel. Les plongeurs
connaissent bien ce phénomène puisqu’ils sont obligés d’utiliser
une ceinture de plomb pour pouvoir quitter la surface. Si l’on
est bien « plombé » (les gilets stabilisateurs apportent une aide
efficace), on peut vivre intensément cette sensation d’apesanteur
en évoluant dans le volume d’eau entre la surface et le fond.
C’est une griserie inoubliable de pouvoir ainsi se déplacer dans
les trois dimensions. On devient oiseau dans l'élément liquide.
On peut se rapprocher d’un relief, remonter légèrement pour
passer juste au-dessus, redescendre de l’autre côté, glisser le
long d’un tombant, puis remonter en s’écartant de la falaise pour
survoler une prairie d’algues multicolores, au gré de sa fantaisie.
A la densité est liée la pression hydrostatique, de sorte que la
pression croît très vite avec la profondeur. À la surface de la
mer, l’atmosphère exerce une pression de 1 o33,6 g/cma, soit
environ 1 bar ou 1 atmosphère. Dans l’eau, la pression augmente
d’une atmosphère tous les 10 mètres. Les plongeurs en ont
bien conscience car la pression plaque de plus en plus fort
leur masque sur le visage au fur et à mesure qu’ils s’enfoncent
dans l’eau. A 5 000 m, la pression est ainsi colossale, de
l’ordre de 500 atmosphères; elle est de 1100 atmosphères
au plus profond de l’océan dans la fosse des Mariannes.
SUR LE BORD DE L'EMPIRE DES TÉNÈBRES
A mesure qu’un plongeur s’enfonce dans la mer, il perçoit une
diminution continue de la lumière et une dégradation des couleurs.
Dans la pratique, on utilise une série de disques de Secchi de
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