« bleue »... Il n’est pas étonnant, dès lors, que cette mer ait
encouragé les hommes à la conquérir, à lui confier leurs bateaux,
à en faire un lieu de prédilection pour le tourisme et les activités
balnéaires. Ce plaisir partagé devrait inciter le plus grand nombre
à œuvrer pour garder intactes les richesses qu’elle recèle.
MER FRAGILE
Depuis sa formation, après l’effondrement de la Tyrrhénide, la
Méditerranée n’a jamais cessé de subir les outrages du temps. Elle
a été la grande Téthys, vaste océan qui s’étendait, au Jurassique,
de l’ Asie centrale à l’Europe méridionale et se prolongeait au loin
vers l’océan. Elle n’est plus actuellement que le vestige très réduit
de cette mer immense. Elle a connu tous les climats, les époques
de grand froid et les périodes de grande chaleur. Elle a subi les
intrusions alternatives d’eaux chaudes et d’eaux froides apportant
par vagues successives des espèces tropicales ou boréales. Ces
changements exterminèrent, chaque fois, les espèces les moins
adaptées (ou les moins protégées) face à ce régime de « douche
écossaise ». Si elle est encore la « grande bleue », sa situation
de mer fermée n’a, par contre, jamais été aussi accentuée qu’à
l’époque actuelle, la profondeur du seuil de Gibraltar ayant
été sensiblement réduite depuis le Pléistocène inférieur.
Profondément marquée par les vicissitudes passées, la
Méditerranée constitue ainsi, comme on l’a vu, un domaine à
part, dont les particularités font ressortir la fragilité écologique.
Il est important de souligner que la vie ou la mort de la
Méditerranée dépendent d’abord de sa communication avec l’océan
et il n’est pas exagéré de dire que le détroit de Gibraltar est un peu le
« cordon ombilical » de la Méditerranée. En effet, il est facile
d’imaginer ce qu’il adviendrait si cette communication avec
les étendues océaniques venait à se fermer. La perte annuelle par
évaporation ferait baisser le niveau de 0,60 à 100 cm/an. L’une des
premières conséquences serait le déplacement constant du niveau o,
ce qui bouleverserait profondément l’ordonnance de la vie
benthique étroitement liée à l’étagement des zones bathymétriques,
notamment dans les étages supralittoral, médiolittoral et
infralittoral supérieur. Une deuxième conséquence, néfaste pour
de nombreux organismes marins, serait l'augmentation continue de
la salinité qui deviendrait vite insupportable.
Si les échanges de la Méditerranée avec l’océan ont autant
d’importance, c’est essentiellement parce que cette mer est
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