Guide des fonds marins de Méditerranée
Les fonds rocheux
pour se confondre avec le substratum. Ces modifications
de couleurs s’effectuent en quelques secondes et sont aussi
utilisées pour traduire l’humeur de l’animal, selon qu’il a peur
ou qu’il veut intimider l’adversaire ou répliquer à une attaque.
La seiche peut encore se camoufler totalement en s’enfonçant
dans le sable. Si on l’approche de plus près, on sera troublé
par le regard expressif de son œil assez semblable à celui
des mammifères. La présence d’un tel organe visuel aussi
perfectionné est étonnante à plus d’un titre, car la seiche fait
partie des mollusques, considérés comme des animaux bien
moins évolués que les vertébrés. Cet œil est étrange car la pupille,
au lieu d’être ronde, dessine une sorte d’oméga majuscule (Œ).
Son corps est ovalaire, aplati, de 2,0 à 3o cm de longueur. De
sa tête partent 10 bras (c’est un décapode) dont huit sont des
tentacules, garnis de ventouses, comparables à ceux des pieuvres
Sepia officinalis.
et des poulpes; deux autres, plus grêles et plus
longs, au rôle préhensile plus différencié,
sont lancés avec vivacité par l’animal sur la
proie à saisir. Lorsqu’elle se déplace avec un
objectif bien déterminé, la seiche groupe ses
tentacules jusqu’à faire une pointe vers l’avant,
ce qui améliore son profil hydrodynamique
et par conséquent son déplacement.
Comme chez tous les mollusques, les tissus du
corps de la seiche sont mous et elle ne possède pas de squelette.
Pourtant, son corps paraît rigide; il doit cette fermeté à une
formation bombée calcaire, dure sur sa face dorsale, tendre sur sa
face ventrale. Cette formation est appelée à tort « os » de seiche,
car elle ne présente aucune analogie structurale et tissulaire avec
les os des vertébrés. C’est en réalité, si l’on se base sur la théorie
de l’évolution, le vestige d’une coquille interne. À la mort de
l’animal, la chair est rapidement consommée par d’autres animaux,
seul l’« os » demeure et on le trouve sur le fond ou sur la grève,
apporté par les courants. On l’utilise pour les oiseaux de volière
qui s’y font le bec et y trouvent une supplémentation en calcium.
La seiche se nourrit de crustacés et de poissons; son « plat »
préféré semble être le crabe. Sa tactique de chasse est d’une
efficacité redoutable. Grâce à sa vue excellente, elle localise sa
proie facilement sans que celle-ci la voie. Elle se laisse alors couler
doucement, sans aucun mouvement, ni frémissement du corps,
en utilisant des cavités internes remplies de gaz qui contrôlent sa
flottabilité. Le crabe ne flaire pas le danger et ne cherche pas à fuir
Précédent

- 115/458

Suivant