Visions du futur
Grâce à certaines technologies qui nous ont
permis de dominer la planète, nous connaissons
beaucoup de choses sur le futur de
l’anthropocène. D’abord, nous savons que notre
planète se réchauffe. Le climat fonctionne avec
un terrible temps de retard, conséquence de ce
que les scientifiques appellent « l’inertie
thermale ». Les gaz à effet de serre déjà émis
dans l’atmosphère provoquent la hausse de la
température de la Terre et comme ils sont
persistants, nous n’avons presque aucun moyen
de faire baisser à nouveau la température. Même
si le volume des gaz à effet de serre pouvait
par magie rester constant dans l’atmosphère
(il faudrait pour cela un sacré miracle), les
températures continueraient à grimper au moins
jusqu’au milieu de ce siècle.
Nous savons aussi que le réchauffement
climatique va entraîner l’élévation du niveau de
la mer. L’eau se dilate quand elle chauffe.
Lorsqu’une étendue d’eau est petite, l’effet est
restreint, mais lorsqu’elle est vaste, il est
incommensurablement plus important.
L’élévation du niveau de la mer attendue pour
les cent prochaines années dépend de cette
dilatation thermale. Les derniers relevés
montrent qu’au cours des dernières années, le
Groenland et l’Antarctique ont fondu à un
rythme alarmant. Si ce phénomène perdure, la
hausse du niveau de la mer sera encore plus
spectaculaire que toutes les prévisions.
Non seulement les océans se réchauffent et se
dilatent, mais ils deviennent aussi plus acides.
Les mers absorbent la majeure partie du gaz
carbonique dégagé par les voitures et les
centrales électriques. Lorsqu’il se dissout, ce gaz
forme un acide qui altère les propriétés
chimiques de l’eau. Si la quantité de gaz
carbonique présente dans l’air continue
d’augmenter, l’acidité de la mer s’accroîtra
également. Les organismes dotés de coquilles de
carbonate de calcium, qui se dissolvent dans
l’acide, un peu à l’instar de la craie dans un bol
de vinaigre, risquent d’en être particulièrement
affectés. L’Académie britannique des sciences est
arrivée à la conclusion que l’acidification des
océans avait déjà commencé en raison des
émissions de gaz carbonique dues aux activités
humaines et qu’il faudrait des dizaines de
milliers d’années pour inverser la tendance.
La hausse des températures, la montée et
l’acidification des océans peuvent être annoncées
avec une quasi-certitude. En revanche, il est plus
difficile de prévoir leur ampleur, c’est-à-dire leur
pouvoir catastrophique. Leurs effets dépendront
des réactions de la nature qui, pour l’heure, ne
sont pas parfaitement comprises. Ainsi, l’eau
chaude absorbe moins de gaz carbonique que
l’eau froide, si les mers se réchauffent, elles
devraient donc absorber moins de gaz
carbonique. Celui-ci va donc rester dans
l’atmosphère, accentuer encore la hausse des
températures, et ainsi de suite.
Bien sûr, l’ampleur de ces modifications
dépendra également de nous. Les hommes ne
sont pas les premières espèces à avoir modifié
la géologie de la planète ; c’est probablement
ce qu’ont fait les bactéries, il y a deux milliards
d’années, en inventant la photosynthèse.
Cependant, nous sommes les premières
espèces en mesure de comprendre
ce qu’elles font.
Précédent

- 236/264

Suivant