Visions du futur
Une nouvelle époque
Elizabeth Kolbert
Il y a quelques années, dans un essai publié dans
la revue Nature, le chimiste néerlandais Paul
Crutzen, lauréat du prix Nobel, inventa un terme.
Nous ne devons plus, écrivait-il, penser que nous
vivons dans l’holocène, cette période qui dure
depuis dix mille ans, date de la dernière
glaciation. Une époque sans précédent a débuté.
Ce nouvel âge est déterminé par une seule
créature, l’homme, devenu si dominant, qu’il
s’est montré capable de transformer la planète à
l’échelle géologique. Crutzen nomma cette
nouvelle époque l’anthropocène.
Le néologisme de Crutzen n’est pas le premier
du genre. Déjà dans les années 1870, le géologue
italien Antonio Stoppani avait indiqué que
l’influence humaine inaugurait une nouvelle
époque qu’il avait baptisée « l’ère
anthropozoïque ». Quelques décennies plus
tard le géochimiste russe Vladimir Ivanovich
Vernadski suggérait que la Terre était entrée
dans une nouvelle phase, la « noosphère »,
dominée par la réflexion humaine. Alors que
tous ces termes possèdent une connotation
positive - Vernadski écrivait : « J’envisage avec
optimisme l’avenir... Nous vivons dans une
période de transition avant le début de la
noosphère. » -, le terme d’anthropocène a un
sens plus négatif. Selon Crutzen, les hommes
mènent le monde, mais ne semblent pas
vraiment s’être demandé où ils vont.
Augmentation générale de la température, 1950-2080
Différence de la température réelle
Différence de la température prévue, à supposer :
un accroissement des émissions de CO2
la permanence des émissions de CO2
la diminution des émissions de CO2
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