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LES SYSTÈMES ÉCOLOGIQUES LITTORAUX ET MARINS
:
FONDEMENTS CONCEPTUELS POUR UNE GESTION INTÉGRÉE :
Patrick BLANDIN et Gérard BELLAN
La loi du 10 juillet 1976 rend chaque citoyen français responsable du
patrimoine naturel qui l'entoure. De façon assurément trop restrictive, on a
longtemps admis que le patrimoine naturel vivant était constitué d'espèces
végétales et animales considérées comme "intéressantes" par les naturalistes,
notamment en raison de leur rareté. Chaque espèce, certes, est un produit unique
du long processus de l'évolution. Mais elle ne continue d'exister que si perdurent
les conditions abiotiques et biotiques qui rendent possible le renouvellement de ses
populations.
Le patrimoine naturel n'est donc pas simplement un ensemble d'espèces
sélectionnées sur des critères scientifico-subjectifs "d'intérêt". Il est bien davantage
constitué des systèmes écologiques dont l'organisation et le fonctionnement
produisent le renouvellement des espèces qui y sont inféodées, qu'on les juge
banales ou exceptionnelles.
Disposés dans l'espace selon des logiques nées de l'interférence de processus
écologiques spontanés et de processus induits par les activités humaines, ces
systèmes écologiques forment notre environnement. En ce qu'il a
d'immédiatement visible, par l'agencement spatial de ses composantes physiques et
biologiques, l'environnement est perçu comme une multiplicité de paysages. Cette
perception des structures paysagères possède une dimension émotionnelle, variable
d'un individu à l'autre selon les sensibilités, les références culturelles...
Les lieux auxquels une société reconnaît une valeur paysagère particulière
deviennent eux-mêmes, globalement, des éléments patrimoniaux. La raison peut
en être la "beauté" ou le caractère "extraordinaire" d'un monument naturel, mais
aussi l'harmonie entre éléments naturels et constructions humaines nées
d'activités respectueuses du contexte environnemental. De fait, surtout dans les
régions de longue date aménagées, patrimoine naturel et patrimoine culturel
s'imbriquent en un tissu spatial indissociable.
De ce point de vue, le littoral a une importance particulière. Dans des
régions où la rencontre des terres et des mers prend de multiples aspects, au rythme
des variations géologiques et morphologiques des côtes, et lorsque les activités
maritimes y sont anciennes, les espaces littoraux sont, si l'on peut dire, des espaces
intensément patrimoniaux, qu'il s'agisse des paysages, des établissements humains,
des espèces terrestres et marines.
Globalement, les milieux marins sont les plus riches en diversité à l'échelle
des grands phylums. En ce qui concerne le règne animal, par exemple, 28 phylums y
sont représentés dont 13 sont exclusivement marins alors que dans les milieux
terrestres n'existent que 11 phylums animaux, dont un seul exclusivement terrestre
(Mc NEELY et al., 1990). La diversité des espèces est également considérable, autant
que l'on sache, car elle est encore très mal connue : Mc NEELY et al. (1990)
rappellent que c'est seulement en 1986 qu'un nouveau phylum, celui des Loricifera,
L
LES SYSTÈMES ÉCOLOGIQUES LITTORAUX ET MARINS
:
FONDEMENTS CONCEPTUELS POUR UNE GESTION INTÉGRÉE :
Patrick BLANDIN et Gérard BELLAN
La loi du 10 juillet 1976 rend chaque citoyen français responsable du
patrimoine naturel qui l'entoure. De façon assurément trop restrictive, on a
longtemps admis que le patrimoine naturel vivant était constitué d'espèces
végétales et animales considérées comme "intéressantes" par les naturalistes,
notamment en raison de leur rareté. Chaque espèce, certes, est un produit unique
du long processus de l'évolution. Mais elle ne continue d'exister que si perdurent
les conditions abiotiques et biotiques qui rendent possible le renouvellement de ses
populations.
Le patrimoine naturel n'est donc pas simplement un ensemble d'espèces
sélectionnées sur des critères scientifico-subjectifs "d'intérêt". Il est bien davantage
constitué des systèmes écologiques dont l'organisation et le fonctionnement
produisent le renouvellement des espèces qui y sont inféodées, qu'on les juge
banales ou exceptionnelles.
Disposés dans l'espace selon des logiques nées de l'interférence de processus
écologiques spontanés et de processus induits par les activités humaines, ces
systèmes écologiques forment notre environnement. En ce qu'il a
d'immédiatement visible, par l'agencement spatial de ses composantes physiques et
biologiques, l'environnement est perçu comme une multiplicité de paysages. Cette
perception des structures paysagères possède une dimension émotionnelle, variable
d'un individu à l'autre selon les sensibilités, les références culturelles...
Les lieux auxquels une société reconnaît une valeur paysagère particulière
deviennent eux-mêmes, globalement, des éléments patrimoniaux. La raison peut
en être la "beauté" ou le caractère "extraordinaire" d'un monument naturel, mais
aussi l'harmonie entre éléments naturels et constructions humaines nées
d'activités respectueuses du contexte environnemental. De fait, surtout dans les
régions de longue date aménagées, patrimoine naturel et patrimoine culturel
s'imbriquent en un tissu spatial indissociable.
De ce point de vue, le littoral a une importance particulière. Dans des
régions où la rencontre des terres et des mers prend de multiples aspects, au rythme
des variations géologiques et morphologiques des côtes, et lorsque les activités
maritimes y sont anciennes, les espaces littoraux sont, si l'on peut dire, des espaces
intensément patrimoniaux, qu'il s'agisse des paysages, des établissements humains,
des espèces terrestres et marines.
Globalement, les milieux marins sont les plus riches en diversité à l'échelle
des grands phylums. En ce qui concerne le règne animal, par exemple, 28 phylums y
sont représentés dont 13 sont exclusivement marins alors que dans les milieux
terrestres n'existent que 11 phylums animaux, dont un seul exclusivement terrestre
(Mc NEELY et al., 1990). La diversité des espèces est également considérable, autant
que l'on sache, car elle est encore très mal connue : Mc NEELY et al. (1990)
rappellent que c'est seulement en 1986 qu'un nouveau phylum, celui des Loricifera,
