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En Méditerranée, Caulerpa taxifolia colonise tous les types de substrat : roche,
sable, vase, matte morte de Posidonia oceanica (Linnaeus), Delile (Phanérogame),
herbier à P. oceanica. Les biotopes sciaphiles sont colonisés comme les biotopes
photophiles ; l'irradiance de compensation est en effet très basse : jusqu'à 0.3
pE m'2 s'1 (GACIA et al., 1994). Il ne semble pas y avoir de lien entre la localisation
des populations de C. taxifolia et la qualité des eaux (BELSHER et al., 1993). En mode
calme, C. taxifolia s'installe à partir de 1 m de profondeur ; en mode battu, ses
peuplements débutent vers 2-4 m de profondeur. A Monaco et à Roquebrune-Cap
Martin, les sites les plus anciennement colonisés, la prairie de Caulerpa taxifolia est
maintenant dense et plus ou moins continue jusque vers 20-30 m de profondeur ;
au delà, les populations sont de plus en plus éparses ; l'espèce a été observée fixée à
-80 m devant Monaco (BELSHER et al., 1993) et à -100 m devant le Cap d'Ail
(MEINESZ et BELSHER, 1993).
C) Impact sur les communautés et les espèces indigènes
Le remplacement des communautés dominées par des algues photophiles
par la prairie à Caulerpa taxifolia provoque un appauvrissement drastique du
peuplement algal (BOUDOURESQUE et al., 1992 ; VERLAQUE et FRITAYRE, 1994) :
la plupart des espèces tendent à disparaître ; seules, les espèces encroûtantes
semblent résister plus longtemps. La pauvreté maximale s'observe lorsque la vitalité
de C. taxifolia est maximale (été-automne) : ses axes rampants et ses feuilles font
barrage à la lumière et piègent le sédiment, le substrat s'envase, et l'élimination des
autres algues peut être quasi-totale. Les rares macro-algues à subsister
ponctuellement sont Sphaerococcus coronopifolius Stackhouse (Rhodophytes),
Dictyota dichotoma (Hudson) Lamouroux (Fucophycées) et Codium bursa
(Linnaeus) C. Agardh (Chlorophytes). L'épiflore de C. taxifolia est négligeable,
excepté au printemps lorsque la densité des feuilles âgées est élevée (VERLAQUE et
FRITAYRE, 1994). Plus d'une vingtaine de communautés et de faciès dominés par
des algues sont ainsi remplacés par par une prairie monotone et pauci-spécifique à C.
taxifolia. Si l'on considère que l'étage infralittoral au sens de PÉRÈS et PICARD
(1964), qui s'étend généralement en Méditerranée nord-occidentale entre le
voisinage du niveau moyen de la mer et 30-40 m de profondeur, héberge la majeure
partie de la biodiversité algale, il apparaît que l'expansion de C. taxifolia, si elle se
poursuivait, conduirait à la raréfaction drastique de nombreuses espèces. Il ne peut
être exclu qu'un certain nombre d'espèces, endémiques de la Méditerranée et
cantonnées à l'étage infralittoral, soient menacées de disparition : c'est le cas en
particulier de plusieurs espèces du genre Cystoseira (VERLAQUE et FRITAYRE,
1994).
La faune vagile de mollusques, amphipodes et polychètes est plus ou moins
fortement réduite, en nombre d'individus, dans la prairie à C. taxifolia, par rapport
aux peuplements indigènes. Une réduction similaire s'observe pour la diversité
spécifique, chez les polychètes et surtout chez les amphipodes ; la diversité spécifique
des mollusques peut en revanche augmenter (BELLAN-SANTINI et al., 1994).
La composition et la richesse spécifique globale de l'ichtyofaune ne sont pas
affectées par la présence de C. taxifolia dans l'état de la colonisation des fonds en
1992-1993 au Cap Martin (FRANCOUR et al., sous presse). Les poissons présentent
dans ce milieu des comportement normaux d'alimentation, de reproduction et de
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