Les
baudroies
■ Biologie
Mœurs : les baudroies, avec leur
corps aplati sur le ventre et élargi,
leurs yeux situés sur le dessus de la
tête, leur ventre dépigmenté, sont
typiquement des poissons démersaux ou benthiques, c’est-à-dire vivant principalement sur le fond.
Elles sont capturées ou observées à
peu près sur tous les substrats, vase,
sable, graviers, roches... Nageant
mal, elles y vivent le plus souvent
immobiles et plus ou moins enfouies. Parfois elles se déplacent en
s’appuyant sur leurs nageoires pectorales. Leur rythme de respiration
très lent, l'intervalle entre deux expirations étant de 1 à 2 minutes à une
température de 11 °C, leur donne
une grande résistance à l’émersion.
Les baudroies sont parfaitement
adaptées à la chasse à l’affût : elles
peuvent prendre rapidement la couleur du milieu; elles possèdent sur le
corps de nombreux lambeaux cutanés qui leur donnent un contour
flou, moins visible; elles ont un appendice très particulier, le filament
pêcheur constitué par un grand
rayon isolé portant à son extrémité
un lobe de peau plus ou moins développé. La baudroie agite son filament pêcheur pour attirer l’attention des organismes; puis, elle l’incline doucement vers sa bouche sans
jamais laisser l’animal attraper le
lambeau cutané ; enfin brusquement elle happe la proie. Lorsqu’il
s’agit d’un poisson, elle l’attrape le
plus souvent par la tête. Les dents
pointues et dirigées vers l’arrière,
empêchant ainsi la nourriture de
ressortir, peuvent se rabattre ce qui
facilite la déglutition.
Les migrations des baudroies sont
peu connues. Toutefois, quelques
observations ont été faites dans le
golfe de Gascogne.
• Chez la baudroie commune, les
jeunes se déplaceraient des accotes
vers le littoral : au printemps leurs
concentrations se situent entre -160
et -200 m, en été vers -180 m, à
l’automne entre -110 et -140 m, en
hiver aux environs de -70 à -100 m.
• Chez la baudroie rousse, les déplacements sont plus limités, les jeunes
se trouvant au printemps de -160 à
-200 m, le reste de l’année entre
-110 et-140 m
Notons que les plus grands exemplaires de baudroie commune sont
capturés soit sur le talus entre -600
et -900 m, soit, plus rarement, dans
les eaux ccnières et parfois même
sur l’estran marin Autrefois, il s’en
capturait parfois de très grosses
dans les écluses à poissons de Vendée et de Charente.
Reproduction : • La baudroie commune semble acquérir la maturité
sexuelle vers 35 cm pour les femelles
vers 50 cm pour les mâles. La période de reproduction se situerait de la
mi-février à juillet, dans l’ouest des
Iles Britanniques. Dans le golfe de
Gascogne, des individus prêts à se
reproduire ont été observés en maijuin mais également en novembredécembre. Pendant ces deux mois,
dans le nord du golfe, faire de ponte
de la baudroie commune se situait
au bord du plateau vers -160 à
-200 m, celle de la baudroie rousse
au sud-ouest de Penmarch par
100 m de profondeur. A la ponte, les
œufs sont inclus dans un immense
ruban muqueux appelé « voile pourpré ». Il peut atteindre 9 à 10 m de
long et 50 à 90 cm de large et contenir jusqu’à 3 000 000 d’œufs. Une
fois la gaine muqueuse désagrégée,
1 œuf pélagique étant libéré, flotte
en surface. L’incubation dure
quelques jours. A la naissance l’alevin mesurant 4,5 mm de long est
également pélagique. Au bout de
19 jours, vers 7 mm, il a absorbé le
sac vitellin. Les rayons des nageoires se développent considérablement devenant des organes de
flottaison, et donnent à la larve un
aspect gracieux. Entre 5 et 8 cm,
elle subit une métamorphose et devient benthique.
Croissance : la croissance des deux
espèces est relativement lente, celle
de la baudroie commune étant légèrement plus rapide. En effet, son
taux de croissance moyen entre 2 et
8 ans serait de 5,2 cm par an, celui
de la baudroie rousse de 3,9 cm.
Leur taille moyenne serait respectivement de 11 et 10 cm à 1 an, de 33
et 27 cm à 5 ans, de 57 et 44 cm à
10 ans, de 78 et 58 cm à 15 ans, de
98 et 70 cm à 20 ans et de 115 et
79 cm à 25 ans.
Alimentation : les alevins, pélagiques, se nourrissent d’organismes
planctoniques, copépodes, larves de
crustacés, chaetognathes. Les adultes
s’alimentent presque exclusivement
de poissons : dans le golfe de Gascogne, des tacauds, chinchards,
fausses limandes, soles-perdrix, gobies ; plus au nord, des congres,
grondins, raies, divers poissons plats,
aiguillât, merlan, morue, églefin. Ils
mangent de temps à autre des mollusques céphalopodes (calmars), des
crustacés, crabes, homard. Des oiseaux plongeurs ont été observés
dans les estomacs
B Pêche
Cette espèce est pêchée généralement au chalut de fond, mais elle
peut être capturée aux filets trémails
et parfois à la palangre. Pour prendre
de^baudroies, les chaluts de fond
sont équipés d’un racleur appelé racasseur ou scoubidou, chaîne tendue
en avant du bourrelet du chalut
pour ramasser le poisson enfoui dans
la vase ou le sable.
Les statistiques des pêches maritimes
françaises font état d’une capture
annuelle moyenne de 12 000 tonnes
(11 000 à 15 000 tonnes entre 1974
et 1979; 11 000 à 12 000 tonnes
entre 1992 et 1994.
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