ROLE DU CLIMAT
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aussi à une grande période de paix, à l'amélioration des techniques, au début de la prise en compte des conditions
hydrologiques nécessaires à l'abondance de la morue et à l'allongement des périodes de pêche. Ainsi, les quantités de
morue rapportées au cours des dernières années du siècle se situent souvent au-delà des 30 000 tonnes métriques,
pêchées annuellement par de 450 à 696 bateaux.
Le XIX
e siècle se présente donc comme un siècle de bonnes pêches en moyenne. Plus précisément, on
observe : une quinzaine d'années sans pêches, puis vingt-sept années assez bonnes, cinq années de pêche variable
puis cinquante ans de captures importantes. L'influence du climat et celle des événements politiques se superposant le
plus souvent.
De 1900 à 1920 les anticyclones sont près des pôles et déterminent une amélioration de la température. En
outre, de 1920 à 1930, on observe une décroissance du nombre de jours de vent d'ouest. Si l'on excepte deux cyclones
en 1924 et 1925 (Cornu et Giot, 1977), dans l'ensemble, le climat s'améliore et atteint son maximum de réchauffement
en 1945 (Cushing, 1978). Selon l'auteur, cette période de réchauffement a été vraisemblablement accompagnée d'une
intensification de la circulation atmosphérique et océanique. La décennie 1925 à 1935 est le point central de ces
changements, le manque de vent d'ouest à partir de 1925 provoque l'augmentation de la température de la mer et
l'apparition d'espèces marines subtropicales sur les côtes de France autour des Iles Britanniques, au large de la
Californie, dans le golfe du Maine. Ensuite, des espèces d'eau plus froides sont remontées vers le nord. Il y aurait donc
une sorte de migration d'organismes marins venant du sud pendant les périodes de réchauffement et un retrait de ces
espèces au cours d'époques de refroidissement. L'auteur estime que la colonisation de la côte ouest du Groenland par
la morue venant d'Islande est sans doute associée à des événements météorologiques.
Après cette période de réchauffement, il y a renversement de la tendance à partir de 1950 et notamment
entre 1966 et 1979. La conséquence en est la fuite de la morue des côtes groenlandaises. De plus, le déclin du stock
de l'ouest du Groenland pourrait ensuite avoir généré le déclin du stock de morue d'Islande.
Pour sa part Lamb (1979) estime que, de 1948 à 1961, on a observé que le nord-est de l'Islande, entre 67° et
69°N, est dominé par la dérive nord-atlantique dont la température est entre 0° et 2°C. Après 1962, cette zone est
pénétrée par l'eau polaire de salinité inférieure à 33,5 %o et de température inférieure à -1°8C. Par suite de la rareté de
la morue et en s'aidant des données de la pêche, on estime que l'abondance de la morue paraît être limitée à une
température de 2°C, en effet l'expérience montre que ce poisson est dans des conditions optimales dans une eau de 4°
à 7°C, il est donc assez normal que l'on ne trouve pas ou peu de morue dans une eau voisine de 2°C.
A partir de 1845, des morutiers anglais ont fait de bonnes pêches au Groenland, elles ont duré jusqu'en 1849
(Jensen et Hansen, 1931). Puis, dès 1912, de nombreuses morues sont observées au sud du Groenland et de 1912 à
1923 les captures passent de 23 à 681 tonnes métriques (Cushing, 1982). Pour la France, la pêcherie n'est réellement
fréquentée et productive qu'à compter de 1929 ou le premier bateau part de Fécamp. Par la suite, des morutiers de
Gravelines, du Havre, Granville, Saint-Malo, Paimpol, La Rochelle, Bordeaux et Arcachon partent pour les côtes
groenlandaises. On peut donc en déduire que les conditions climatiques ont rendu la température de la mer favorable à
l'abondance des morues. Ainsi, de 1929 à 1950, 388 morutiers partent pour le Groenland malgré la Seconde Guerre
mondiale qui annule toute pêche pendant sept ans, ce qui correspond à une moyenne de 25 à 26 bateaux par an
pendant quinze ans. Le Groenland a ainsi fourni 153 746 tonnes métriques de morues, soit environ 10 250 tonnes
métriques par an, correspondant à des prises assez conséquentes.
Selon Cushing (1982), la colonisation du Groenland ouest par la morue est le fait de poissons venus
d'Islande, de juvéniles entraînés par le courant subarctique qui côtoie l'Islande puis passe le long des côtes du
Groenland (fig. 34). Ce peuplement est sans doute associé à des événements météorologiques locaux qui peuvent être
induits par des changements dans la distribution plus générale des vents de l'Atlantique nord.
En dehors de la pêcherie du Groenland, de très bonnes pêches de morue ont lieu de 1900 à 1914 dans la
zone de Terre-Neuve, en mer du Nord et surtout en Islande. Ainsi, de 373 à 848 morutiers vont en pêche annuellement
et la production varie de 31 000 à plus de 100 000 tonnes métriques en 1911 (année exceptionnelle). De 1912 à 1918,
la production fléchit nettement, la moyenne annuelle étant de 233 morutiers qui rapportent 27 440 tonnes métriques. Le
climat ne semble pas être la cause de ce fléchissement mais plutôt la Première Guerre mondiale qui est directement
responsable de l'arrêt de l'activité de certains ports. De 1919 à 1938, le nombre de morutiers diminue régulièrement
bien que la production augmente et varie selon les années de 33 000 à 75 000 tonnes métriques, la moyenne par an se
situant autout de 53 000. En 1938, il n'y a plus que 67 départs de morutiers et les sept années suivantes, années de
guerre, sont pratiquement sans pêche. Enfin, de 1945 à 1950, celle-ci reprend faiblement : 26 morutiers en moyenne
par an mais on ne reviendra jamais à la productivité d'avant-guerre. Ceci est dû à diverses causes, tout d'abord la
guerre, la faiblesse critique de l'économie des années après-guerre et la diminution de la consommation de morue qui
entraînent la décadence de cette pêche.
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