48
LA PRODUCTION
Certains ports, tel Paimpol, commencent, juste à participer à la Grande Pêche. D'autres, comme Boulogne, le
Tréport, Saint-Valéry en Caux, Saint-Vaast-La-Hougue, Cherbourg, Caen, Régnéville, Morlaix, Roscoff, Brest et Lorient,
n'envoient que quelques bateaux en pêche. D'autres encore arrêtent toute activité morutière, souvent à cause de
l'ensablement comme Rouen, Carteret, Agon et Port Bail.
• Au XIX
e siècle le nombre des ports morutiers décroît encore. De la cinquantaine de ports répertoriés au
cours du XVI
e siècle on n'en compte plus qu'une dizaine à la fin du XIX
e siècle. Le nombre de morutiers s'accroît.
Cependant, on totalise pour le siècle 30 334 bateaux partis en pêche, dont 10 169 dans les cinquante premières années
et 20 165 dans les cinquante dernières. Pour un tonnage total de 741 552 tonneaux, sont pêchées 270 585 tonnes
métriques de morue de 1800 à 1849 et 1 100 153 tonnes métriques de morue pour 2 232 703 tonneaux dans la
seconde moitié du siècle.
Ce siècle est moins perturbé par les guerres que le XVIII
e siècle exception faite de la Révolution de 1848 et
de la Guerre de 1870. Les armateurs bénéficient de bateaux aux meilleures caractéristiques techniques, notamment les
bateaux à vapeur, et ils n'hésitent plus à financer des morutiers qui pèchent ainsi 1 370 738 tonnes métriques de
poisson au cours du siècle.
Cependant, cette période, bien qu'assez proche de la nôtre, comporte des années où les données sont rares,
voire inexistantes. Ainsi, on peut considérer que, pendant la période correspondant à l'Empire et aux guerres
napoléoniennes, de 1804 à 1815, les données sont manquantes s'il y a eu pêche, et l'on sait par ailleurs qu'il y a eu des
importations de morue de Hollande en 1808, de Hollande et de Suède en 1810-1811 de Hollande et de Norvège de
1812 à 1814 (Bronkhorst, 1927). Les données sont incomplètes de 1820 à 1826 et de 1843 à 1856. Il arrive également
d'avoir des données nationales mais sans avoir le détail des quantités pêchées par chaque port, à l'exception de
Dunkerque.
De 1815 à 1842, les données sont connues au plan national et par quartier, et le nombre de morutiers
dépasse souvent 300 par an. Ainsi, en 1821 et 1822, on compte 347 navires qui rapportent 4 521 et 2 549 tonnes
métriques de poisson, en 1826 on dénombre 369 bateaux chargés de 4 863 tonnes métriques de morue, en 1827, 403
bateaux avec 4 222 tonnes métriques et, en 1828, on estime à 635 les morutiers qui ont rapporté 6 201 tonnes de
morue.
Une bonne époque de captures est aussi celle de 1830 à 1840, où une moyenne de 383 bateaux débarquent
annuellement 6 900 tonnes de poisson. De 1843 à 1851, le nombre de terre-neuviers en pêche baisse sensiblement,
puis une période plus favorable a lieu de 1852 à la fin du siècle où l'on observe approximativement de 200 à presque
700 morutiers par an (fig. 17), malgré la réduction des pêches due à la Guerre, de 1870 et 1871.
Les meilleures années sont 1828 avec 635 bateaux, jaugeant 7 060 tonneaux et rapportant 6 201 tonnes
métriques de morue ; 1867 avec 736 morutiers de 104 479 tonneaux et 17 506 tonnes métriques de poisson et 1897
avec 696 bateaux de 43 544 tonneaux au total dont la production atteint 32 937 tonnes métriques. Les tonnages des
bateaux de la première moitié du siècle sont en moyenne de l'ordre de 73 tonneaux par bateau, ceux de la deuxième
moitié du siècle sont en moyenne de 111 tonneaux par bateau.
Les principales zones de pêche sont toujours le nord-ouest de l'Atlantique avec les Bancs et le French Shore
de Terre-Neuve, Saint-Pierre-et-Miquelon, les côtes d'Islande où de plus en plus de morutiers vont pêcher et la mer du
Nord.
Dans chacun des six ports morutiers principaux, on compte plus de 2 000 départs en pêche. Ce sont
Dunkerque, Saint-Malo, Granville, Saint-Brieuc, Fécamp et Paimpol. Boulogne et Dieppe en envoient à peu près la
moitié moins, aux environs de 900. Les autres, de moindre importance, à l'exception de Cancale, périclitent et arrêtent
la Grande Pêche bien avant la fin du XIX
e siècle.
Dunkerque est le premier port morutier de ce siècle avec un total de 8 142 bateaux partis en campagne, qui
ont péché 393 755 tonnes métriques de morue (fig. 18). Au début du siècle, les Dunkerquois ont des difficultés pour
s'approvisionner en sel portugais et les guerres napoléoniennes portent un coup sévère à la pêche. Les pêcheurs vont
essentiellement en Islande qui peut être considérée comme "leur" territoire, en mer du Nord et assez peu à TerreNeuve, bien qu'à partir de 1827 ils abandonnent la mer du Nord par suite de la raréfaction de la morue (du Rin, 1938).
De 1803 à 1813, les départs en pêche sont très faibles ou nuls et traduisent l'état de guerre. De 1814 à 1870 la pêche
est en augmentation constante, elle passe progressivement de 537 tonnes à 2 000-4 000 tonnes par an jusqu'en 1830
(30 à 80 bateaux). De 1830 à 1850, il s'agit de 4 000 à 5 000 tonnes annuelles correspondant à un nombre de 60 à 90
morutiers. La production atteint 6 000 à 7000 tonnes par an de 1850 à 1870 pour 90 à 145 bateaux. Les meilleures
années se situent de 1858 à 1870 et on peut noter (du Rin, 1938) l'année 1851 avec 102 navires et 5 616 tonnes
Précédent

- 51/133

Suivant