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LA PRODUCTION
On constate cependant que, pendant plus de trente ans, on n'a aucune valeur de tonnage. Aussi, comme
pour les siècles précédents, on a calculé le tonnage moyen par bateau qui est de 96 tonneaux pour le XVIII
e siècle. En
utilisant cette valeur moyenne et le mode de calcul indiqué précédemment, nous estimons le tonnage utilisé au cours du
siècle à 1 118 208 tonneaux et une production de 22 364 160 quintaux (unité ancienne) soit 1 084 662 tonnes
métriques, ce qui est plus vraisemblable. En fait, on observe que la production de la pêche à la morue augmente très
fortement à chaque siècle.
Le XIX
e siècle marque l'apogée de la pêche morutière en France, grâce à de meilleures techniques et à un
commerce intensif. En cent ans, 30 334 morutiers partent pour Terre-Neuve et l'Islande, ce qui indique encore une
augmentation de la flottille de 160 % par rapport au XVIII
e siècle. On peut désormais considérer que les données sont
fiables et que les valeurs des tonnages et de la production sont en rapport avec le nombre des morutiers recensés
(tab. 6).
Ces bateaux représentent un tonnage de 2 974 255 tonneaux et rapportent 1 370 738 tonnes métriques de
morue soit 26 % de plus qu'au XVIII
e siècle.
Nos investigations se sont arrêtées à la moitié du XX
e siècle et les statistiques de pêche déjà utilisées à la
fin du siècle précédent ont été notre base de données, notamment pour le nombre des morutiers et pour la production.
Par contre, les chiffres sur les tonnages des navires sont inexistants après 1926 car ils n'ont pas été relevés à l'époque
(tab. 7).
Au cours de ce demi-siècle, 10 268 morutiers sont partis en pêche malgré la forte incidence des deux
guerres mondiales, ce qui équivaut à la moitié des départs de bateaux de la période 1850-1900 et reste proche des
départs de 1800 à 1850.
Les tonnages recensés ne concernent donc que vingt-six années de pêche et équivalent à 1 415 499
tonneaux. Par contre, la production est forte, elle est de 2 122 275 tonnes métriques, ce qui représente 71 % de la
production totale du XIX
e siècle. Cela est dû au remplacement progressif des voiliers par des bateaux à vapeur et à la
découverte d'une bonne pêcherie au Groenland.
Cependant, les conséquences des deux guerres mondiales sont responsables de la chute de la pêche qui
s'accentue après la seconde guerre. Jusqu'en 1938, la pêche reste encore importante ; après 1944, quelques dizaines
de bateaux repartent en campagne. La consommation de la morue diminue et le déclin de la pêche est rapide.
PRODUCTION PAR SIÈCLE ET PAR PORT
• Au XVI
e siècle, les données chiffrées qui nous sont parvenues sont peu nombreuses et souvent
imprécises. Les Bretons et les Basques partent régulièrement pour "les Terres Neuves" à partir de 1506. Le début de
cette pêche coïncide avec le "Petit âge glaciaire" et correspond au déclin des pêcheries bretonnes. Au cours du siècle,
la Grande Pêche débute par des départs peu nombreux jusqu'à 1540 (fig. 7) puis ils croissent assez nettement entre
1540 et 1565 et on peut observer quatre pics de 77 bateaux en 1541 à 119 bateaux en 1565. Une absence de données
entre 1567 et 1571 est suivie d'années à faibles départs si on excepte un pic d'une quarantaine de morutiers en 1585,
puis de nouveau on observe un manque de données de 1585 à 1594 et le siècle se termine par un départ de 100
morutiers d'Olonne en 1596.
Les quantités de morue pêchées et rapportées en France ne sont guère connues. Certains bateaux arment
dans un port et déchargent dans un autre.
Les premiers armements importants sont constitués à Honfleur, Rouen, Les Sables d'Olonne, La Rochelle,
Bordeaux. D'autres ports moins commerçants tels que Fécamp, Le Havre, Granville, Saint-Malo, Binic et Bayonne,
envoient de dix à trente morutiers au cours du siècle. Enfin, quelques ports n'envoient qu'un ou deux navires chacun.
Au cours du siècle, des divers ports de France, on recense 314 départs de morutiers de 1500 à 1550 et 838
de 1550 à 1600. Les estimations calculées représentent un volume de jauge de 111 000 tonneaux et une production de
l'ordre de 110 000 tonnes métriques pour le siècle, (tab. 3).
Rouen est le plus important avec 336 morutiers répertoriés, dont 148 pour la première moitié du siècle et 188
pour la seconde. L'activité débute en 1508 avec 4 morutiers puis l'augmentation du commerce induit le le départ de 60
bateaux en 1541, 73 en 1549, 94 en 1555 et 38 en 1562, (Turgeon, 1986 ; Innis, 1954). Le volume des terre-neuviers
pour le siècle est estimé à 32 592 tonneaux et la production à 32 686 tonnes métriques. Ce port ralentit son activité
avant la fin du siècle, victime vraisemblablement des difficultés de remontée de la Seine. (La Morandière, 1962).
La Rochelle est également un port morutier important d'où partent 268 bateaux estimés pour 25 996
tonneaux. La pêche commence dès 1523 avec 5 navires puis, régulièrement, les Rochelais arment pour Terre-Neuve à
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