CONDITIONS DE PECHE
23
On assiste à l'établissement de colonies en particulier sur l'île de Cap-Breton. Chaque port morutier envoie
sa flotte sur des lieux bien précis, considérés comme "territoire de pêche". Ainsi les Malouins partent à la grande pêche
à Saint-Pierre-et-Miquelon et à Terre-Neuve (Petit-Nord et Gaspé). Les morutiers de Granville vont plutôt à Terre-Neuve
et au Canada, ceux de Honfleur vont à Terre-Neuve, ceux de Dieppe vont pêcher en mer du Nord et à Terre-Neuve.
Dunkerque envoie ses morutiers tout spécialement en Islande et quelques uns en Laponie à Kola.
Les guerres incessantes avec l'Angleterre, l'insécurité sur mer et les ravages qu'elles produisent sur les
implantations des colons français se terminent, dans un premier temps, par le Traité d'Utrecht en 1713, puis par le
Traité de Paris, en 1763. Ces accords limitent la zone de pêche française au "French Shore" de Terre-Neuve et
expulsent les Français de toutes leurs possessions de l'Amérique septentrionale, sauf Saint-Pierre-et-Miquelon (La
Morandière, 1962). La perte de l'Acadie, de Terre-Neuve et de toute la Nouvelle-France (Canada) oblige les morutiers à
chercher d'autres lieux de pêche.
Au XIX
e siècle, à la suite des traités du siècle précédent, le Canada est désormais interdit aux morutiers
français. L'essentiel de la pêche s'effectue sur le "French-Shore" de Terre-Neuve, sur les Bancs, autour de Saint-Pierreet-Miquelon et de l'Islande, en mer du Nord. Certains ports comme Dunkerque, arment presque totalement pour
I' Islande. Vers la fin du XIX
e siècle, d'autres, tels que Fécamp, Paimpol et Saint-Malo, y envoient une partie de leur
flotte, La pêche de la morue se fait aussi en mer du Nord, en particulier sur le Dogger Bank.
Au début du XX
e siècle, les zones de pêche fréquentées sont essentiellement le Grand-Banc de Terre-Neuve
et l'Islande. Cette pêche islandaise est très importante jusque vers 1925, puis elle décline. A partir de 1929 et jusque
vers 1938, on observe des captures relativement importantes au Groenland. Les années de guerre stoppent ensuite
toute pêche et les terre-neuviers ne repartent que vers 1945, mais seuls quelques ports arment de nouveau pour TerreNeuve.
Terre-Neuve, qui se situe à 47° Nord et 53-54° Ouest, couvre une aire de 110 000 km2. Géologiquement, elle
fait partie du Bouclier Canadien, ainsi que le Labrador duquel elle est séparée par le détroit de Belle-lsle. Autour de ses
côtes le poisson est extrêmement abondant : morue, hareng, flétan, capelan ainsi que encornets et crustacés. Au sud et
au sud-est de Terre-Neuve s'étendent les bancs, dont la superficie est presque équivalente à celle de la France.(fig. 4)
Ils représentent les restes d'un ancien continent sur lesquels se sont accumulés des sédiments glaciaires dus à
l'érosion et transportés par les icebergs (Le Danois, 1924). La profondeur des bancs varie de 50 à 100 mètres et leur
surface présente parfois des irrégularités. Au bord du Grand-banc se trouve la zone du Platier dont les profondeurs
n'excèdent pas 40 à 50 m ; elle fut pendant des siècles le lieu de pêche le plus exploité. (R. de Loture, 1957). Du
printemps à l'automne, la région des Bancs est le siège d'épais brouillards dus à la rencontre du courant froid du
Labrador et du courant tiède du Gulf Stream. L'hiver, les glaces bloquent complètement l'île et parfois, le détroit de
Belle-lsle, entre le Labrador et Terre-Neuve, est fermé jusqu'en mai. Les bancs sont étalés entre 43° et 47°30 de
latitude nord, séparés entre eux par des sortes de chenaux ou de vallées profonds de 100 à 600 m (La Morandière,
1962). A l'est, on trouve le Bonnet Flamand, le Grand-Banc, le Banc à vert, le Banc Saint-Pierre. A l'ouest, les bancs de
la Nouvelle-Ecosse sont le banc de Misaine, le banc d'Artimon, le banquereau, le banc de l'isle de Sable, le banc
George (fig. 4).
L'Islande est le sommet émergé d'une montagne sous-marine reliée aux îles Féroé par une crête sousmarine. Les fonds de 200 m, qui entourent complètement l'île sur une largeur variant de 30 à 100 km constituent les
bancs. Au début de la saison, entre février et avril, la morue est rassemblée sur les bancs de la côte sud. La première
période de pêche s'effectue du 15 février au 1
er mai, près de la côte sud. La seconde période de pêche commence en
mai et s'étend sur le reste de l'année, d'abord sur la côte ouest, puis au nord et à l'est en suivant les déplacements des
poissons (Bronkhorst, 1927).
La pêche en mer du Nord se fait sur le Dogger Bank qui est un plateau sous-marin de 60 km2 environ entre
la côte anglaise et le Jutland. Sa profondeur n'excède pas 30 m et les bateaux avaient coutume d'y aller pêcher d'avril à
juillet. L'autre zone de pêche se trouve autour des îles Féroé, au nord de l'Angleterre, sur un banc présentant des fonds
de l'ordre de 90 à 96 m (Bronkhorst, 1927).
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On assiste à l'établissement de colonies en particulier sur l'île de Cap-Breton. Chaque port morutier envoie
sa flotte sur des lieux bien précis, considérés comme "territoire de pêche". Ainsi les Malouins partent à la grande pêche
à Saint-Pierre-et-Miquelon et à Terre-Neuve (Petit-Nord et Gaspé). Les morutiers de Granville vont plutôt à Terre-Neuve
et au Canada, ceux de Honfleur vont à Terre-Neuve, ceux de Dieppe vont pêcher en mer du Nord et à Terre-Neuve.
Dunkerque envoie ses morutiers tout spécialement en Islande et quelques uns en Laponie à Kola.
Les guerres incessantes avec l'Angleterre, l'insécurité sur mer et les ravages qu'elles produisent sur les
implantations des colons français se terminent, dans un premier temps, par le Traité d'Utrecht en 1713, puis par le
Traité de Paris, en 1763. Ces accords limitent la zone de pêche française au "French Shore" de Terre-Neuve et
expulsent les Français de toutes leurs possessions de l'Amérique septentrionale, sauf Saint-Pierre-et-Miquelon (La
Morandière, 1962). La perte de l'Acadie, de Terre-Neuve et de toute la Nouvelle-France (Canada) oblige les morutiers à
chercher d'autres lieux de pêche.
Au XIX
e siècle, à la suite des traités du siècle précédent, le Canada est désormais interdit aux morutiers
français. L'essentiel de la pêche s'effectue sur le "French-Shore" de Terre-Neuve, sur les Bancs, autour de Saint-Pierreet-Miquelon et de l'Islande, en mer du Nord. Certains ports comme Dunkerque, arment presque totalement pour
I' Islande. Vers la fin du XIX
e siècle, d'autres, tels que Fécamp, Paimpol et Saint-Malo, y envoient une partie de leur
flotte, La pêche de la morue se fait aussi en mer du Nord, en particulier sur le Dogger Bank.
Au début du XX
e siècle, les zones de pêche fréquentées sont essentiellement le Grand-Banc de Terre-Neuve
et l'Islande. Cette pêche islandaise est très importante jusque vers 1925, puis elle décline. A partir de 1929 et jusque
vers 1938, on observe des captures relativement importantes au Groenland. Les années de guerre stoppent ensuite
toute pêche et les terre-neuviers ne repartent que vers 1945, mais seuls quelques ports arment de nouveau pour TerreNeuve.
Terre-Neuve, qui se situe à 47° Nord et 53-54° Ouest, couvre une aire de 110 000 km2. Géologiquement, elle
fait partie du Bouclier Canadien, ainsi que le Labrador duquel elle est séparée par le détroit de Belle-lsle. Autour de ses
côtes le poisson est extrêmement abondant : morue, hareng, flétan, capelan ainsi que encornets et crustacés. Au sud et
au sud-est de Terre-Neuve s'étendent les bancs, dont la superficie est presque équivalente à celle de la France.(fig. 4)
Ils représentent les restes d'un ancien continent sur lesquels se sont accumulés des sédiments glaciaires dus à
l'érosion et transportés par les icebergs (Le Danois, 1924). La profondeur des bancs varie de 50 à 100 mètres et leur
surface présente parfois des irrégularités. Au bord du Grand-banc se trouve la zone du Platier dont les profondeurs
n'excèdent pas 40 à 50 m ; elle fut pendant des siècles le lieu de pêche le plus exploité. (R. de Loture, 1957). Du
printemps à l'automne, la région des Bancs est le siège d'épais brouillards dus à la rencontre du courant froid du
Labrador et du courant tiède du Gulf Stream. L'hiver, les glaces bloquent complètement l'île et parfois, le détroit de
Belle-lsle, entre le Labrador et Terre-Neuve, est fermé jusqu'en mai. Les bancs sont étalés entre 43° et 47°30 de
latitude nord, séparés entre eux par des sortes de chenaux ou de vallées profonds de 100 à 600 m (La Morandière,
1962). A l'est, on trouve le Bonnet Flamand, le Grand-Banc, le Banc à vert, le Banc Saint-Pierre. A l'ouest, les bancs de
la Nouvelle-Ecosse sont le banc de Misaine, le banc d'Artimon, le banquereau, le banc de l'isle de Sable, le banc
George (fig. 4).
L'Islande est le sommet émergé d'une montagne sous-marine reliée aux îles Féroé par une crête sousmarine. Les fonds de 200 m, qui entourent complètement l'île sur une largeur variant de 30 à 100 km constituent les
bancs. Au début de la saison, entre février et avril, la morue est rassemblée sur les bancs de la côte sud. La première
période de pêche s'effectue du 15 février au 1
er mai, près de la côte sud. La seconde période de pêche commence en
mai et s'étend sur le reste de l'année, d'abord sur la côte ouest, puis au nord et à l'est en suivant les déplacements des
poissons (Bronkhorst, 1927).
La pêche en mer du Nord se fait sur le Dogger Bank qui est un plateau sous-marin de 60 km2 environ entre
la côte anglaise et le Jutland. Sa profondeur n'excède pas 30 m et les bateaux avaient coutume d'y aller pêcher d'avril à
juillet. L'autre zone de pêche se trouve autour des îles Féroé, au nord de l'Angleterre, sur un banc présentant des fonds
de l'ordre de 90 à 96 m (Bronkhorst, 1927).
