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J.-P. Troadcc
En pratique, la réalisation de ces bénéfices nets dépend, en priorité, de la
capacité à contrôler l'accès au sein de pêcheries unitaires ou de bassins conchylicolcs
explicitement délimités. Du fait du rôle privilégié que jouent les populations dans
l'organisation de la vie aquatique, l'indivisibilité des ressources halieutiques n'est que
relative.
Les connaissances sur les ressources n'ont jamais été aussi avancées et les
modèles d'évaluation des ressources et des pêcheries aussi raffinés. Mais le résultat des
analyses reste largement inutilisé et est voué à le rester, tant que les institutions
nécessaires à la régulation de l'accès ne seront pas en place. Pour la même raison, les
aides portant sur les facteurs de production, les projets d'assistance à la pêche artisanale
dans les pays du Tiers Monde, ou les gains d'efficacité des innovations techniques, ne
peuvent se traduire en améliorations des revenus des pêcheurs ou des performances des
entreprises. Le progrès n'est pas non plus à attendre d'un renforcement de la
surveillance : le laxisme dans l'application des règlements reflète les limites du système,
cl non un manque de rigueur, ou une insuffisance dans les équipements de contrôle.
Les carences des pratiques actuelles tiennent au fait qu'elles négligent les forces
à l'origine des dérèglements qu'elles sont supposées prévenir, à savoir l'apparition d'un
surprofit avec la rareté de la ressource cl son augmentation régulière avec la montée de
la demande. Celle poussée est destinée à durer. L'alternative n'est pas entre [o.statu quo
et une perspective d'amélioration affectée d'un coût et d'une incerlilude indéterminés.
Elle se pose entre cette dernière perspective et celle d'une dégradation continue du
secteur. L'écart qui continuera de se creuser enlre la demande et l'offre se traduira par
une tendance à l'intensification de l'exploitation, à la baisse de la qualité des captures
(espèces et tailles), à la variabilité accrue des stocks, à des manques à gagner croissants.
ainsi que par un suivi des ressources toujours plus compliqué et plus cher, une
application des réglementations plus illusoire et un durcissement régulier des conflits.
Dans les mêmes conditions d'accès libre et gratuit, il n'existe aucune raison pour que
l'aménagement national se révèle, ni plus facile, ni plus efficace, que l'aménagement
international.
La stratégie proposée pour infléchir le cours de cet enchaînement pervers n'a
rien d'original. La liberté d'accès correspond à des conditions historiques cl
géographiques particulières dont la pêche est aujourd'hui sortie. Le principe d'accès
libre et graluil ne régnait pas au sein de toutes les communautés coutumières tic
pêcheurs littoraux. Par contre, son imposition de l'extérieur a causé à ces dernières des
préjudices graves, en raison de leur accessibilité moindre au capital et aux innovations.
Il a perdu sa raison d'être dans la pêche hauturière avec la pleine mise en valeur du
potentiel halieutique mondial. Ces éléments et la responsabilité des administrations
nationales pour la conception d'institutions adaptées aux nouvelles conditions
commencent à être plus communément perçues. Certains pays ont déjà pris des
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J.-P. Troadcc
En pratique, la réalisation de ces bénéfices nets dépend, en priorité, de la
capacité à contrôler l'accès au sein de pêcheries unitaires ou de bassins conchylicolcs
explicitement délimités. Du fait du rôle privilégié que jouent les populations dans
l'organisation de la vie aquatique, l'indivisibilité des ressources halieutiques n'est que
relative.
Les connaissances sur les ressources n'ont jamais été aussi avancées et les
modèles d'évaluation des ressources et des pêcheries aussi raffinés. Mais le résultat des
analyses reste largement inutilisé et est voué à le rester, tant que les institutions
nécessaires à la régulation de l'accès ne seront pas en place. Pour la même raison, les
aides portant sur les facteurs de production, les projets d'assistance à la pêche artisanale
dans les pays du Tiers Monde, ou les gains d'efficacité des innovations techniques, ne
peuvent se traduire en améliorations des revenus des pêcheurs ou des performances des
entreprises. Le progrès n'est pas non plus à attendre d'un renforcement de la
surveillance : le laxisme dans l'application des règlements reflète les limites du système,
cl non un manque de rigueur, ou une insuffisance dans les équipements de contrôle.
Les carences des pratiques actuelles tiennent au fait qu'elles négligent les forces
à l'origine des dérèglements qu'elles sont supposées prévenir, à savoir l'apparition d'un
surprofit avec la rareté de la ressource cl son augmentation régulière avec la montée de
la demande. Celle poussée est destinée à durer. L'alternative n'est pas entre [o.statu quo
et une perspective d'amélioration affectée d'un coût et d'une incerlilude indéterminés.
Elle se pose entre cette dernière perspective et celle d'une dégradation continue du
secteur. L'écart qui continuera de se creuser enlre la demande et l'offre se traduira par
une tendance à l'intensification de l'exploitation, à la baisse de la qualité des captures
(espèces et tailles), à la variabilité accrue des stocks, à des manques à gagner croissants.
ainsi que par un suivi des ressources toujours plus compliqué et plus cher, une
application des réglementations plus illusoire et un durcissement régulier des conflits.
Dans les mêmes conditions d'accès libre et gratuit, il n'existe aucune raison pour que
l'aménagement national se révèle, ni plus facile, ni plus efficace, que l'aménagement
international.
La stratégie proposée pour infléchir le cours de cet enchaînement pervers n'a
rien d'original. La liberté d'accès correspond à des conditions historiques cl
géographiques particulières dont la pêche est aujourd'hui sortie. Le principe d'accès
libre et graluil ne régnait pas au sein de toutes les communautés coutumières tic
pêcheurs littoraux. Par contre, son imposition de l'extérieur a causé à ces dernières des
préjudices graves, en raison de leur accessibilité moindre au capital et aux innovations.
Il a perdu sa raison d'être dans la pêche hauturière avec la pleine mise en valeur du
potentiel halieutique mondial. Ces éléments et la responsabilité des administrations
nationales pour la conception d'institutions adaptées aux nouvelles conditions
commencent à être plus communément perçues. Certains pays ont déjà pris des
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