21 - La recherche halieutique et /'aménagement
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immédiates du secteur de production vont à l'encontre des investissements scientifiques
à plus long terme qui conditionnent pourtant finalement l'innovation. Les résultats de
ses travaux doivent être compréhensibles des non-scientifiques concernés. Son domaine
d'étude (écologie, économie, politique) est complexe et affecté par une multitude de
contraintes externes. Les écosystèmes marins, comme le secteur de production, ne sont
pas réductibles à l'expérimentation. L'halieute doit donc se cantonner à la méthode
comparative (chapitre 5) et à l'élaboration de modèles mathématiques, succédanés
imparfaits d'une réalité complexe et changeante. Longtemps liée à la biologie marine,
l'halieutique est actuellement victime de son succès. Sa capacité à évaluer la
productivité des stocks et à déterminer les règles d'une exploitation "rationnelle" a créé
une forte demande. Mais celle-ci porte essentiellement sur des prestations de service
qui, au-delà d'un certain seuil, sont peu compatibles avec un développement scientifique
et une contribution effective au progrès stratégique de l'exploitation des ressources
halieutiques. Ses activités appliquées sont asservies au système d'aménagement :
l'approfondissement de ses recherches, leur succès ou leur échec - c'est à dire le degré
d'utilisation pratique de ses résultats - dépendent de facteurs extérieurs au cadre où il
opère. Ses écrits restent souvent méconnus de la communauté scientifique, car ils
relèvent de la littérature grise ou sont frappés du sceau de la confidentialité.
On oppose parfois halieute chercheur et halieute ingénieur, et Royce (1984)
souligne l'évolution, en Amérique du nord, de l'halieute devenu spécialiste et prestataire
de services. En réalité, un organisme de recherche finalisée doit marier les deux
démarches. Son mandat couvre le continuum entre les deux extrêmes. La difficulté
réside dans la réalisation du bon équilibre et dans la création des conditions internes
nécessaires aux deux tâches. Il doit rester à la fois proche des réalités du secteur de
production et des administrations concernées, de façon à assurer la pertinence de ses
programmes et la diffusion de ses résultats. Il doit simultanément bénéficier de
l'autonomie nécessaire à l'acquisition des connaissances et au développement des
méthodes qui conditionnent ses capacités d'innovation futures, son appréciation du
réalisable dans la définition de ses programmes de contribution au développement, el
ses capacités de collaboration avec la recherche fondamentale. C'est une tâche difficile,
recherche cognitive et études appliquées procédant selon des logiques et des pas de
temps qui ne coïncident pas. L'équilibre entre les deux démarches change avec le temps.
Ainsi, l'apparition d'une demande neuve pour d'autres applications passe par le progrès
des connaissances, l'élaboration de nouvelles méthodes et la diffusion de nouveaux
résultats. Actuellement, de nouvelles questions se posent pour lesquelles il n'existe pas
de réponses ou, si elles existent (par exemple, l'évaluation économique des pêcheries),
la demande est encore modeste.
L'équilibre idéal n'est pas toujours réalisable. Dans les petits organismes,
l'halieute est nécessairement polyvalent et, donc, probablement moins novateur : il
collecte les données, les analyse, élabore les avis, participe aux négociations sur les
accords de pêche, etc. 11 jouit de liens relativement directs avec les niveaux décisionnels,
dont il fait parfois partie. C'est le cas dans les états insulaires où le mélange entre les
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