21 - La recherche halieutique et l'aménagement
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biomasse reproductive minimale bien que, dans la plupart des cas, on ne dispose, ni de
la base théorique, ni des données nécessaires à sa détermination objective. On oublie
que, si l'effort de pêche est une fonction monotone et croissante du temps, et si le stock
oscille naturellement à basse fréquence, une coïncidence entre un effort croissant et un
stock décroissant est inévitable, sans que l'on ait besoin de supposer une relation de
cause à effet entre les deux phénomènes. Cette probabilité est accrue par le fait,
initialement mal perçu, que plusieurs pêcheries hauturières se sont établies à la suite
d'une série de forts recrutements (églefin du banc Georges, entre autres). Par contre,
les conjonctions positives ne soulèvent aucune interrogation, l'augmentation positive
étant interprétée, selon le paradigme en vigueur, comme faisant partie de la
productivité "normale" du stock.
La reconstitution inattendue de plusieurs stocks pélagiques (Csirke and Sharp,
eds. 1983, Csirke sous presse, Cushing 1982, Kosslov 1984), la prolifération de nouveaux
stocks (Gulland and Garcia 1984, Fréon 1986), ainsi que la mise en évidence de
fluctuations importantes de stocks avant que leur pêche ne devienne appréciable
(Soutaar and Isaacs 1974, chapitres 4 et 6) finissent par faire réaliser les insuffisances du
modèle de relation stock-recrutement, tant comme outil d'analyse que comme schéma
conceptuel dominant et stratégie d'investigation des mécanismes qui déterminent le
succès du recrutement (Garcia 1983, Sisscnwine 1984). La démarche statistique doil
être abandonnée au profit de l'observation directe des processus physiques ei
biologiques en jeu (chapitres 4, 5, 6 et 9) et des déséquilibres dans les stratégies
démographiques susceptibles d'apparaître chez les espèces à courte durée de vie
(Garcia 1985).
Dans le même temps, les administrations prennent progressivement conscience
des conséquences d'une surpêche qui persiste, du coût des fluctuations climatiques dont
elle exacerbe les effets, et de la nécessité de prendre progressivement et explicitemeni
en compte les dimensions économiques de la pêche. Sur le plan strictement biologique,
il devient clair que l'intensification de la pêche a des conséquences plus complexes que
ne le laissent supposer les concepts classiques : elle entraîne non seulement une
diminution de l'abondance et un rajeunissement du stock, une baisse des rendements,
une réduction du potentiel reproducteur et une augmentation de la variabilité
interannuelle, mais également un raccourcissement des saisons de pêche, une
concentration de l'effort de pêche vers les petites tailles (par réduction de la sélectivité
des engins et concentration des opérations sur les zones et périodes où les jeunes
poissons prédominent) et un élargissement du spectre des espèces recherchées.
L'exploitation devient de plus en plus multispécifique par diversification des espèces
cible et réduction des rejets. Ces évolutions sont progressives. Elles peuvent passer
initialement inaperçues, alors qu'elles invalident les pratiques classiques d'évaluation
des stocks.
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