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T. Panayotou
modèles voisins, mais non identiques : le développement de l'agriculture dans les pays
du Tiers Monde, et celui de la pêche dans les pays tempérés. Mais les analogies sont
trompeuses lorsque les termes sur lesquels elles reposent ne sont pas comparables. Ces
analogies présentent en effet au moins deux défauts évidents. L'agriculture porte sur
une ressource dont l'aménagement est rendu possible par l'existence de droits de
propriété garantis, et dont la production peut être poussée par l'action conjointe du
progrès technique (connu sous le nom de Révolution verte) et de l'accumulation du
capital. Ce n'est pas le cas dans la pêche. Par ailleurs, l'expérience des pêcheries
tempérées n'est pas non plus toujours directement transposable aux pêcheries
tropicales. Dans les pays tempérés, la pêche est exercée par une industrie plus
individualisée et porte sur des ressources plus fréquemment uni ou plurispécifïques. Les
ressources tropicales sont plurispécifïques ; elles sont exploitées par une multitude de
communautés littorales dispersées, et par des flottilles hauturières, en conflit permanent
les unes avec les autres. L'analogie avec l'agriculture, qui suggère une relation
monotone entre la production et les intrants, conduit à négliger le caractère fini de la
ressource et la nécessité d'une régulation collective. L'analogie avec les pêcheries
tempérées suggère que l'on peut continuer à accroître les moyens de capture tant que la
production continue d'augmenter ; elle ignore la rareté actuelle de la ressource, comme
la dégradation de la composition spécifique et le déclin de la valeur unitaire des
captures, qui accompagnent l'intensification de la pêche (fig. 18.2).
Ainsi s'impose une réévaluation des modèles classiques de développement de la
pêche dans les pays du Tiers Monde, lesquels visaient prioritairement la croissance
pondérale par la mécanisation. D'abord, parce que les investissements passés n'ont pas
produit les résultats escomptés. Aux Philippines, par exemple, la mécanisation de la
pêche artisanale soutenue par le gouvernement n'a que temporairement profité aux
pêcheurs ; la rentabilité de la pêche est devenue graduellement négative à mesure que
la pression sur les ressources et les coûts de carburant et de maintenance
augmentaient : le revenu moyen des bateaux non motorisés est tombé à 362 dollars US
alors que celui des bateaux non motorisés atteignait 520 dollars US (Librero et al.
1985). La Malaisie a connu une expérience similaire (Fredericks et al. 1985). Au niveau
du globe, la Banque Mondiale (1984) concluait que, parce qu'ils n'avaient pas pris en
compte les limites imposées par les ressources et le besoin de l'aménagement, 47 % de
ses projets de développement n'avaient pas réussi à produire un taux de rendement
acceptable.
En second lieu, comme les perspectives d'augmenter encore la production sont
modestes, les besoins d'investissement dans la pêche le sont également. A quelques
exceptions locales près, le potentiel halieutique mondial est considéré comme
pleinement exploité (chapitre 1). Sauf dans les pays où les ressources restent sousexploitées par les flottilles nationales, la démarche classique qui privilégiait la croissance
par l'augmentation des moyens de capture risque plus de réduire que d'accroître la
production pondérale.
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