18 - Les conditions du développement de la pêche
15
intéressent souvent de façon préférentielle. Mais, parce que l'on ne se préoccupe pas de
contrôler simultanément l'effort de pêche, ces programmes réussissent surtout à
accroître les effectifs de pêcheurs, et non à redresser leurs revenus.
Les pêcheries hauturières opèrent aussi sous un régime de liberté d'accès, mais
l'entrée y est freinée par leurs besoins supérieurs en capitaux. Cet obstacle agit d'autant
mieux que dans les pays en développement le capital est une ressource rare, au coût
d'opportunité élevé. Malheureusement, les politiques d'aide au crédit pour l'acquisition
et la modernisation des navires, adoptées par divers pays en développement (Malaisie,
Philippines, Thaïlande, parmi d'autres), réduisent artificiellement le coût du capital.
Certains pays comme le Bangladesh, Burma, l'Inde, l'Indonésie ou le Sri Lanka ne
disposent pas encore des flottes hauturières qui leur permettraient d'exploiter
l'ensemble des ressources dont ils ont acquis le contrôle. Cette situation s'explique en
partie par le fait que, jusqu'au changement du régime de l'Océan, les ressources
disponibles au-delà des eaux territoriales étaient exploitées par des flottes de grande
pêche, armées par des puissances halieutiques comme la Chine - Formose, la Corée,
l'Espagne, le Japon ou l'URSS, avec lesquelles les flottilles des pays riverains en
développement pouvaient difficilement concourir.
L'extension des juridictions nationales sur les pêcheries a éliminé en principe le
problème de la liberté d'accès au niveau international, et conféré aux pays côtiers des
droits généraux de propriété sur les stocks non partagés présents dans leurs zones de
compétence. Pour savoir si le nouveau Droit de la mer conduira à la disparition du
régime de liberté d'accès, il reste à voir si les pays réussiront à faire respecter leurs
droits exclusifs. Une incertitude demeure au sujet des stocks qui chevauchent les
juridictions de deux ou plusieurs Etats (comme entre le Kampuchea, la Malaisie cl la
Thaïlande, ou entre le Vietnam et plusieurs Etats riverains de la mer de Chine
méridionale). Cette incertitude et la persistance de conflits ne facilitent pas la
détermination du potentiel de capture dont dispose chaque pays, pas plus qu'elles
n'incitent à la mise en oeuvre de plans de conservation des stocks communs, el
d'aménagement des pêcheries correspondantes.
Mais si l'incertitude sur les stocks partagés est une contrainte au développement,
le maintien au profit des nationaux du principe de liberté d'accès aux stocks totalement
circonscrits dans les zones économiques exclusives est encore plus néfaste. Seul jusqu'ici
un petit nombre de pays en développement a tenté de limiter l'effort, mais leurs
initiatives n'ont pas encore abouti à des résultats très concrets. Par exemple, en
Thaïlande, le chalutage n'est pas autorisé à l'intérieur des trois miles, tandis que
l'Indonésie a totalement interdit ce mode de pêche. Mais en Thaïlande, les chalutiers
continuent d'opérer illégalement à l'intérieur de la bande littorale, tandis qu'en
Indonésie, l'interdiction de chaluter, si elle est effective, a laissé entier le problème de
l'expansion des autres métiers au sein de la pêche côtière.
629
Précédent

- 628/821

Suivant