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Jean-Louis Durand, Henri Farrugio et Michel Lemoine
Leur comportement d"'opportunisme" apparent ne résulte pas seulement d'une
réponse spécifique à un contexte économique devenu récemment plus difficile. Il
correspond à une attitude de pêcheurs contraints d'assurer, dans un système de
compétition ouverte, le maintien de la part qui leur revenait jusqu'alors, par
l'accroissement de leurs moyens de production. Par la réduction de la ressource qu'elle
entraîne, cette compétition accroit encore l'incertitude qui pèse sur l'avenir de leur
revenu et sur lequel ils n'ont individuellement pas de prise. Attribuer à l'individualisme
et à l'opportunisme la résistance que suscitent certaines démarches d'aménagement est
une explication qui convient mal à une profession issue de communautés marquées,
comme les autres cultures rurales, par des comportements et des codes collectifs
privilégiant l'intégration et la compensation des échanges économiques sur le long
terme. En réduisant notamment les aléas qui rendent difficilement viable une
exploitation strictement individuelle, l'appartenance au groupe peut conditionner la
participation à l'exploitation de ressources collectives.
Exception riche d'enseignement, le système japonais d'aménagement des pêches
littorales, qui a perpétué, en l'officialisant, la logique des pratiques coutumières,
constitue un exemple d'un intérêt direct pour l'amélioration des méthodes
d'aménagement des pêcheries côtières (Asada et al. 1983, Ruddle and Akimichi 1984,
Ruddle 1987). En décentralisant et en confiant à des coopératives de pêcheurs,
auxquelles sont reconnus des droits territoriaux de quasi-propriété sur les ressources
littorales, une responsabilité directe dans la fonction d'aménagement, tout en assurant
l'harmonisation entre coopératives et une supervision d'ensemble, l'administration a
rendu l'aménagement plus efficace et, plus encore, simplifié sa tâche en même temps
que celle de la recherche. Lorsqu'il s'agit de concevoir et de mettre en oeuvre des
systèmes fonctionnels d'aménagement des pêcheries littorales, il faut garder à l'esprii
que, même si localement les codes coutumiers tombent progressivement en désuétude,
les traditions de comportement collectif restent fortes ou, tout au moins, ne sont pas
cullurellement étrangères à l'organisation des communautés littorales de pêcheurs
(Arzel 1984). Ainsi les critiques parfois exprimées à l'encontre d'une prétendue
réticence des pêcheurs à appliquer les réglementations résistent mal à l'analyse des
systèmes traditionnels. En revanche, l'origine de la mauvaise application des mesures
qui caractérise aujourd'hui l'aménagement de nombreuses pêcheries est à rechercher
dans le contexte de compétition ouverte qui a prévalu lors de la mise en valeur des
ressources lointaines, dans l'insuffisance des dispositions institutionnelles et légales
actuelles nécessaires à l'allocation des droits d'usage, ainsi que dans la faible
participation de la profession à l'aménagement (chapitre 22). Pour se cantonner à des
exemples pris dans les pêches françaises (pêcherie de coquille Saint-Jacques de la baie
de Saint-Brieuc - Meuriot et Foucher 1988, chapitre 9), pêche au chalut dans le golfe du
Lion (Meuriot et Dremière 1987), perthuis charentais, ...), les initiatives prises par la
profession viennent à l'appui de cette assertion, comme le fait que les structures locales
de régulation de la pêche aient plus longtemps survécu dans des régions, comme la
Méditerranée (prud'homies, "confraderias"), où le développement des pêches
internationales est resté marginal (chapitre 1).
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Jean-Louis Durand, Henri Farrugio et Michel Lemoine
Leur comportement d"'opportunisme" apparent ne résulte pas seulement d'une
réponse spécifique à un contexte économique devenu récemment plus difficile. Il
correspond à une attitude de pêcheurs contraints d'assurer, dans un système de
compétition ouverte, le maintien de la part qui leur revenait jusqu'alors, par
l'accroissement de leurs moyens de production. Par la réduction de la ressource qu'elle
entraîne, cette compétition accroit encore l'incertitude qui pèse sur l'avenir de leur
revenu et sur lequel ils n'ont individuellement pas de prise. Attribuer à l'individualisme
et à l'opportunisme la résistance que suscitent certaines démarches d'aménagement est
une explication qui convient mal à une profession issue de communautés marquées,
comme les autres cultures rurales, par des comportements et des codes collectifs
privilégiant l'intégration et la compensation des échanges économiques sur le long
terme. En réduisant notamment les aléas qui rendent difficilement viable une
exploitation strictement individuelle, l'appartenance au groupe peut conditionner la
participation à l'exploitation de ressources collectives.
Exception riche d'enseignement, le système japonais d'aménagement des pêches
littorales, qui a perpétué, en l'officialisant, la logique des pratiques coutumières,
constitue un exemple d'un intérêt direct pour l'amélioration des méthodes
d'aménagement des pêcheries côtières (Asada et al. 1983, Ruddle and Akimichi 1984,
Ruddle 1987). En décentralisant et en confiant à des coopératives de pêcheurs,
auxquelles sont reconnus des droits territoriaux de quasi-propriété sur les ressources
littorales, une responsabilité directe dans la fonction d'aménagement, tout en assurant
l'harmonisation entre coopératives et une supervision d'ensemble, l'administration a
rendu l'aménagement plus efficace et, plus encore, simplifié sa tâche en même temps
que celle de la recherche. Lorsqu'il s'agit de concevoir et de mettre en oeuvre des
systèmes fonctionnels d'aménagement des pêcheries littorales, il faut garder à l'esprii
que, même si localement les codes coutumiers tombent progressivement en désuétude,
les traditions de comportement collectif restent fortes ou, tout au moins, ne sont pas
cullurellement étrangères à l'organisation des communautés littorales de pêcheurs
(Arzel 1984). Ainsi les critiques parfois exprimées à l'encontre d'une prétendue
réticence des pêcheurs à appliquer les réglementations résistent mal à l'analyse des
systèmes traditionnels. En revanche, l'origine de la mauvaise application des mesures
qui caractérise aujourd'hui l'aménagement de nombreuses pêcheries est à rechercher
dans le contexte de compétition ouverte qui a prévalu lors de la mise en valeur des
ressources lointaines, dans l'insuffisance des dispositions institutionnelles et légales
actuelles nécessaires à l'allocation des droits d'usage, ainsi que dans la faible
participation de la profession à l'aménagement (chapitre 22). Pour se cantonner à des
exemples pris dans les pêches françaises (pêcherie de coquille Saint-Jacques de la baie
de Saint-Brieuc - Meuriot et Foucher 1988, chapitre 9), pêche au chalut dans le golfe du
Lion (Meuriot et Dremière 1987), perthuis charentais, ...), les initiatives prises par la
profession viennent à l'appui de cette assertion, comme le fait que les structures locales
de régulation de la pêche aient plus longtemps survécu dans des régions, comme la
Méditerranée (prud'homies, "confraderias"), où le développement des pêches
internationales est resté marginal (chapitre 1).
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