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1. Introduction
Forcer le recrutement : derrière ces deux mots, l'objectif est de porter un stock
dont l'exploitation par pêche fluctue fortement, comme la ressource, à un niveau
supérieur d'abondance, de le maintenir à ce niveau élevé, et de réduire ainsi son
instabilité naturelle.
Les peignes, coquille Saint-Jacques, pétoncle géant ou "queen scallop" des AngloSaxons, présentent un certain nombre de particularités favorables pour cette démarche.
Les stocks, généralement côtiers ou néritiques, et sédentaires, font surtout l'objet d'une
exploitation par pêche. Ils sont mondialement répartis : Placopecten magellanicus et
Argopecten gibbus des côtes orientales du continent nord-américain, A. purpuratus et A.
circularis des côtes occidentales de ce continent, Patinopecten yessoensis au Japon,
Pecten novozelandiae en Nouvelle-Zélande, P. fiimatiis en Australie, P. maximus,
Chlamys opercularis et C. islandica des côtes européennes. La valeur élevée des produits
explique le poids économique de leurs pêcheries. Au Japon, l'espèce la plus importante
a donné lieu à une substitution à l'exploitation traditionnelle, par pêche, d'une
pectiniculture extensive. Ces interventions ont permis une augmentation considérable
de la production. Par contre, certains stocks sauvages fluctuent fortement, voire
régressent et stagnent à des niveaux faibles. C'est le cas actuellement des gisements
bretons de coquille Saint-Jacques. L'exemple de la pectiniculture japonaise est à
l'origine de l'idée séduisante d'en provoquer artificiellement la reconstitution, puis la
multiplication.
Cet objectif serait plus facile à atteindre si l'on connaissait les lois qui
déterminent les fluctuations des populations. On admet classiquement que l'abondance
des populations aquatiques et leurs fluctuations dépendent de l'effet conjugué de la
biomasse féconde sur le volume de leur reproduction, et de celui des conditions de
l'environnement sur la survie des premiers stades du cycle de développement (chapitres
4, 5 et 6). Pour forcer le recrutement, il faut être en mesure d'intervenir sur les sources
de ces fluctuations. Le plus souvent, ce progrès a été obtenu par une approche
pragmatique, par essais et erreurs successifs. Cependant, cette démarche n'est pas
toujours suffisante, y compris pour conclure que le forçage n'est éventuellement pas
faisable. Mais, comment appliquer des lois quand celles-ci ne sont pas connues ? Faut-il
attendre que la recherche les ait établies avant d'aborder les applications ?
L'objet de ce chapitre est d'illustrer, sur l'exemple des populations bretonnes de
coquille Saint-Jacques, comment, en fait, les deux approches, fondamentale et
empirique, se complètent et peuvent être combinées pour éclairer les deux facettes
d'une même question : stabiliser la production d'un cheptel à un niveau supérieur de
productivité, et élucider les lois de régulation des populations aquatiques.
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