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Y. Harache et P. Prouzel
5.3. Age et taille à la smoltification
Le déclenchement physiologique de la smoltification est synchronisé par des
variations cycliques de l'environnement (photopériode et température), mais les
époques précises auxquelles les poissons reçoivent ces stimuli, de même que leur état
physiologique particulier lors de ces périodes critiques, restent relativement mal connus.
On sait que cette "décision" peut intervenir de nombreux mois avant la smoltification
véritable, notamment chez le saumon atlantique dont les alevins qui deviendront smolts
après un seul hiver (1 + ) manifestent une croissance supérieure aux poissons ne
smoltifiant qu'à l'âge de deux ans. Il en résulte, dès le mois de septembre de leur
première année, une structure bimodale de la population (Thorpe 1977, Baglinière et
Champigneulle 1986). La durée du séjour en eau douce dépend directement de la
croissance des juvéniles, laquelle est influencée, chez les populations naturelles, par les
conditions climatiques (température et pluviosité), comme l'on montré Herbinger
(1981) et Fasencieux (1984) pour les rivières du Massif Armoricain.
L'élevage en captivité permet d'accélérer la croissance en optimisant les
conditions de développement (température, nourriture) et la protection contre les aléas
de l'environnement naturel (prédateurs). Ces conditions, qui ont été modifiées dans le
sens de l'intérêt de l'éleveur, peuvent être très éloignées de celles du milieu naturel. On
peut se demander si elles correspondent toujours aux besoins optimaux de l'espèce dans
l'optique du pacage marin.
La recherche d'une croissance accélérée conduit à la production de smolts de
plus grande taille, présentant généralement une chance de survie supérieure une fois
libérés. De telles relations ont été établies chez le saumon "coho" (Johnson 1970) et le
saumon atlantique (Anon. 1967-1977). Chez cette dernière espèce, des expériences de
marquage déjà anciennes indiquent qu'il existe une relation linéaire entre le taux de
retour ou de recapture et la taille du smolt, les plus gros présentant généralement un
taux de retour supérieur, quel que soit leur âge. Cependant, cette relation a été obtenue
à partir d'individus marqués avec des marques de type étiquette "Carlin" (Prouzet 1984),
qui handicapent davantage les poissons plus petits. Un artefact dû au type de marque
pourrait en résulter (Isaksson and Bergman 1979), car le pourcentage de pertes varie
avec la taille du poisson (Eisner and Ritter 1979). Isaksson (1982) observe que cette
relation est beaucoup moins prononcée chez des lots de smolts marqués par micromarque magnétique, insérée dans le cartilage nasal. Peterson (1973) indique d'ailleurs
que l'on peut obtenir des taux de retour très élevés avec des smolts de petite taille (13,5
cm en moyenne), et Bilton et al. (1982) montrent que, chez le saumon "coho", les taux
de retour et la biomasse les plus élevés ne sont pas obtenus avec les smolts les plus gros.
Pour les espèces dévalant dès les premières semaines, telles le saumon "chum", une
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