du Canada, des Basques, des Bretons, des Hollandais, des Normands, des Portugais, ...
péchaient déjà depuis trente ans la morue dans les parages de Terre-Neuve (Dickinson
1984). A la fin du siècle dernier, le développement de la grande pêche s'accéléra dans
l'Atlantique et le Pacifique nord avec la Révolution industrielle. Il se poursuivit entre les
deux guerres pour devenir universel après la Seconde Guerre mondiale (Troadec 1976),
tant par son extension géographique que par le caractère international de la
participation : successivement, le Japon, les pays de l'Europe de l'est et certains pays en
développement (Chine-Formose, Corée, Cuba, Ghana, Thaïlande,...) vinrent se joindre,
après la Seconde Guerre mondiale, aux pays occidentaux dans l'exploitation des
ressources hauturières. Simultanément, le négoce international des produits de la mer
porta sur une part croissante de la production mondiale (fig. 1.4). Les trois décennies
qui suivirent la Seconde Guerre mondiale furent ainsi dominées par l'universalisation
de la stratégie d'expansion : le développement extrêmement rapide de l'activité des
flottes de grande pêche, par rapport à celui des flottilles locales, en était la
manifestation la plus évidente (fig. 1.5).
La pêche industrielle ne fut pas la seule à tirer profit des opportunités offertes
par l'existence de stocks vierges en haute mer et/ou dans des régions éloignées. De tout
temps, des communautés de pêcheurs s'étaient déplacées saisonnièrement le long des
côtes en fonction des mouvements des concentrations de poissons. La pêche
traditionnelle bretonne de grands crustacés fournit un exemple d'aventure presqu'aussi
spectaculaire que celle de la pêche baleinière. A partir de la fin du siècle dernier, elle
entra dans l'économie marchande en étendant progressivement son champ d'action à
l'ensemble des côtes d'Europe occidentale -y compris de Méditerranée-, aux côtes nordouest africaines, aux Caraïbes, pour finir au Brésil et en Afrique australe (Cadoret et al.
1978). De même, en Afrique de l'Ouest par exemple, des colonies de pêcheurs
ghanéens et sénégalais s'établirent un peu partout, le long de la côte, sur l'ensemble de
la zone intertropicaie.
A ceci près qu'elle impliqua des ensembles de pays plus dispersés, l'expansion
géographique de la grande pêche peut être considérée comme le parallèle maritime de
la dispersion des populations européennes dans le reste du monde. Cette émigration
s'accompagna de l'appropriation de terres arables et de leur mise en valeur.
Aujourd'hui, plus de la moilié de la population d'origine européenne vit hors d'Europe.
"De 1875 à 1900, sont cédés à des colons 30 millions d'hectares de terres publiques en
Argentine, 3 millions en Algérie, 1,4 million en Tunisie, un million au Maroc. En
Rhodésie du Sud, 100 000 colons s'approprient 50 millions d'acres, soit le double de la
surface aux mains des 1,6 million d'Africains" (Lepage 1985).
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