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J.-P. Troadec
Pourtant, le monde de la pêche ne s'inquiétait pas outre mesure. Il escomptait
que le relais pourrait être pris par des ressources nouvelles : calmars océaniques et krill
antarctique d'abord, poissons mésopélagiques ensuite, etc. Gulland avançait que le taux
d'expansion de la pêche mondiale pourrait peut-être se maintenir, sans fléchissement,
jusqu'au doublement du plafond de 100 millions de tonnes, estimé avec une bonne
certitude pour les ressources classiques. D'ailleurs, la production halieutique de l'océan
ne représente-t-elle pas qu'une faible fraction de celle de l'ensemble de la vie
océanique. La production primaire annuelle serait comprise entre 200 et 400 milliards
de tonnes (Piatt and Subba Rao 1975, tabl. 11.2). En supposant une moyenne de quatre
niveaux trophiques ^ ' et un rendement de 15% par transfert, on aboutit à une
production annuelle comprise entre 100 et 200 millions de tonnes pour le niveau
supérieur. Comme ce niveau n'est pas complètement exploitable, les deux estimations
du potentiel halieutique aboutissent, en fait, à des conclusions du même ordre.
En fait, ces espoirs ne se vérifièrent pas. La production du krill antarctique, seule
ressource nouvelle à donner lieu à une production significative, a tout juste atteint le
demi million de tonnes dans les années 1979-1982 (fig. 1.3), alors que les estimations
prudentes chiffrent son potentiel en dizaines de millions de tonnes, et les optimistes en
centaines de millions. Face aux problèmes de traitement et de commercialisation, son
exploitation ne paraît pas rentable en économie de marché (Sahrhage 1989). Ainsi, un
fléchissement marqué se produisit dans le processus d'expansion. 11 n'aurait pas dû
surprendre, car le prolongement à l'identique de l'expansion passée était improbable
compte tenu des caractéristiques différentes des ressources latentes : disponibilité plus
faible des populations et taille en moyenne plus petite des organismes.
A peu près à la même époque, une série de pêcheries s'effondrèrent
consécutivement au déclin brutal des stocks qui les supportaient. Le phénomène affecta
plusieurs stocks pélagiques côtiers, comme ceux associés aux upwellings océaniques :
pilchard d'Afrique du Sud (1965-66) et de Namibie (1970-71), anchois du Pérou (197273), sardinelle du golfe de Guinée (1973-74), tout comme les slocks de hareng de
l'Atlantique (1968-69). D'autres ressources connurent le même sort : morue du
Groenland (1968), églefin du banc Georges (1968) ou coquille Saint-Jacques de la rade
de Brest (1964), pétoncle (1968-69) et coquille Saint-Jacques (1987) des perthuis
charentais (France). Le phénomène pourtant n'était pas nouveau. Plusieurs populations
de hareng des côtes Scandinaves s'étaient déjà effondrées au cours du XIXème siècle
(Devoid 1963), tout comme les stocks de sardinelle des Indes dans les années 40, ceux
de sardine du Japon et de la côte nord-ouest américaine dans les années 40 et 50 ou le
stock de coquille Saint-Jacques de la baie de Mutsu (Japon) dans les années 30, 50, puis
60. Mais ces effondrements survenaient après une période d'expansion et
(1) Dans les grands upwellings mondiaux, d'où provient le tiers environ des prises mondiales, ainsi que dans
les blooms prinianiers des eaux tempérées, la chaîne est plus courte : elle ne comporte, en moyenne, que
Hois niveaux
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