5 - L'océan et la variabilité des populations marines
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courants de surface s'écoulant parallèlement à la côte en direction de l'équateur
(courant géostrophique) et une dérive superficielle due au vent en direction du large
(transport d'Eckman) (fig. 5.3). Malgré leur très forte production primaire, ces
écosystèmes ne constituent apparemment pas des habitats propices à la reproduction
des populations de poisson. Dans le courant de Californie, les principaux stocks de
poissons pélagiques, qui s'alimentent dans la zone d'upwelling, effectuent de longues
migrations gamiques, de sorte que leurs larves colonisent la baie de la Californie
méridionale où les conditions sont apparemment plus favorables : circulation
géostrophique gyrale fermée, turbulence due au vent et transport de surface vers le
large réduites (Parrish et al. 1981). Parrish et al. ont comparé les caractéristiques
géographiques et saisonnières de la ponte des populations présentes dans les principales
régions d'upwelling : celles d'anchois et de sardine manifestent au moment de la ponte
un comportement tel qu'il permet à leurs larves d'éviter à la fois le transport vers le
large dû au vent et le mélange turbulent de la couche superficielle. On rappellera
encore à ce sujet que les populations pélagiques du courant californien n'atteignaient
que rarement à l'état adulte les biomasses qu'autoriserait la capacité biotique de leur
habitat : d'après Smith (1978), la biomasse totale des stocks pélagiques pourrait bien
avoir été beaucoup plus importante dans cette région au début du siècle, ou même dans
les années 30 lorsque leur exploitation a commencé à s'intensifier (fig. 6.1).
Plus curieuse encore est la stratégie démographique des populations de poissons
et d'invertébrés inféodés aux îles et bancs océaniques. Ehrlich (1975) décrit le cas
d'espèces de poisson habitant les côtes de l'atoll de Johnston, minuscule île océanique
isolée, dont le recrutement ne proviendrait pas des îles Hawaï, île amont la plus proche,
mais manifesteraient tous les traits d'une reproduction endémique. Il souligne les
"pertes énormes" subies par la faune locale au cours des phases précoces.
On ne connaît qu'une seule espèce de poisson corallien qui ne passe pas par une
phase pélagique au début de sa vie (Sale 1980). Johannes (1978) énumère divers
comportements reproductifs chez les poissons tropicaux néritiques qui paraissent
explicitement adaptés pour un transport rapide des produits de la reproduction vers le
large, là où, précisément, ils risquent le plus de se perdre. 11 observe que la
reproduction vivipare présente plusieurs désavantages : faible taux de fécondité, stress
accru, vulnérabilité des adultes portant leur progéniture. En réalité, la baisse de la
fécondité peut aller de pair avec un cycle de reproduction qui élimine les phases de plus
forte dispersion et les risques de pertes qui en résultent (Sinclair 1988). Barlow (1981)
avance que la dispersion serait nécessaire pour prévenir la disparition de populations
occupant au cours de leur phase adulte un environnement incertain. Cette stratégie de
dispersion d'effectifs considérables de larves offrent des possibilités intéressantes
d'analyse des interactions entre le champ des prédateurs et celui des proies. Seule
l'infime proportion des larves qui arrivent à occuper par hasard des fenêtres espacetemps dans lesquelles, sporadiquement, une quantité anormalement élevée de
particules nutritives coïnciderait avec un taux anormalement bas de prédation aurait
une chance significative de survie.
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