Dans la biomasse elle-même, une première période d’activité s’est développée du 19 au 29
avril (maximum le 27 avril), correspondant également à l’activité antibactérienne. Une
deuxième période d’activité (du 7 au 13 mai), plus faible mais assez stable, a coïncidé avec
la période d’activité antibactérienne anti-pseudomonacée.
Pour les extraits lipidiques, deux périodes d’activité antialgale ont également été observées, correspondant exactement aux deux périodes et maxima d’activité anti-vibrio des
mêmes extraits lipidiques, avec cependant un maximum plus précoce pour la première
partie.
DISCUSSION :
Quelques constatations d’ordre général doivent être commentées en premier lieu :
1. il y a bien eu production de substances antialgales et antibactériennes par la biomasse
dans la culture étudiée ;
2. ces substances ne provenaient pas de la lagune du Brusc : quelques tests de contrôle ont
été réalisés sur l’eau pompée dans le bassin : tous étaient négatifs ;
3. il est très probable que ces ectocrines inhibitrices ont été produites par le phytoplancton. Nos observations ne le démontrent pas formellement mais deux arguments étayent
cette hypothèse : la biomasse algale était très largement dominante et le cycle d’apparition
et de disparition de ces substances correspondait bien à celui du phytoplancton. En outre,
les données de la littérature (Aubert et al., 1981 ; Maestrini et Bonin, 1981 b) montrent que
la production d’antibiotiques par les algues unicellulaires marines est fréquente, surtout
chez les diatomées (genre Chaetoceros en particulier). Sur la base de ces mêmes données
bibliographiques, on ne peut cependant pas exclure la participation d’autres microorganismes comme les bactéries ou les actynomycètes, dont l’activité antibiotique est bien
connue mais n’a pas été recherchée au cours de ce travail ; il paraît cependant difficile de
leur attribuer une part importante dans les phénomènes observés.
A partir de ces données, il est possible de développer certaines hypothèses ou spéculations
sur le rôle qu’ont pu jouer ces ectocrines dans l’évolution des populations bactériennes et
phytoplanctoniques au cours de la culture.
En ce qui concerne le développement des algues, la principale question posée par ces
observations est celle des causes du changement de population de la phase I (paucispécifique, algues de petite taille) à la phase II (plus diversifiée, algues plus grandes).
Du 25 avril au 1
er mai, certains facteurs déterminants ont profondément modifié la
culture, entraînant le déclin de la population planctonique. Ces facteurs peuvent être
physico-chimiques, trophiques ou biologiques. Ainsi, le refroidissement passager de l’eau
et l’augmentation de la durée d’insolation du 25 au 29 avril (fig.8) ont pu influencer
significativement la dynamique algale (Ryther, 1956 ; Bonin et al., 1981 a). La disponibilité des sels nutritifs, ainsi que l’apparition ou la disparition de substrats essentiels ont
également pu modifier la succession des espèces, sans qu’il soit possible de déterminer
dans quelle mesure et à quel moment. Quoi qu’il en soit, les résultats présentés ci-dessus
montrent que, tout au long de la culture, les algues ont produit des substances antibactériennes et antialgales qui ont aussi pu influencer leur propre devenir et celui des autres
micro-organismes par auto-inhibition ou activité allélopathique.
En ce qui concerne le développement des bactéries (fig. 3), on constate que les deux
périodes de faible concentration bactérienne dans l’eau correspondaient aux phases de
développement du phytoplancton (avant le 27 avril et après le 3 mai). Si les ectocrines
algales ont effectivement agi sur les bactéries, l’interaction avec les vibrionacées s’est faite
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