cycle biologique complexe, avec plusieurs stades, dont un colonial, palmelloïde (grand
nombre de cellules sans flagelles dans une gangue gélatineuse) représenté par des colonies
sphériques ou lobées, donnant naissance à des cellules nageantes flagellées (2 flagelles et 1
haptonema rigide) et à des micro- et macrozoospores. Des spores de durée non encore
identifiées bouclent très vraisemblablement ce cycle par une phase hivernale benthique.
L’attention des observateurs est de prime abord attirée par l’intense développement des
populations de Phaeocystis, avec pour corollaire un envahissement de la masse d’eau au
détriment d’autres espèces phytoplanctoniques. Nous avons vérifié ces observations à de
nombreuses reprises (1978 à 1982) en Manche et dans la région sud de la mer du Nord,
comme le montre la figure 1.
Ainsi le maximum observé en mai 1980 révèle 30 000 cellules de Phaeocystis par ml, alors
que les populations microplanctoniques ont une abondance comparable à celle qu’elles
ont en hiver. D’autres auteurs, dont Jones et Spencer (1970), et Gieskes et Kraay (1977)
confirment ces observations. En raison de ces apparitions denses, Phaeocystis est donc
surtout étudié aujourd’hui dans ses relations avec le milieu. Déjà, en 1930, Savage décrit
l’effet de la présence d’un bloom de Phaeocystis sur la migration de harengs en mer du
Nord. Puis Sieburth (1959-60) décrivit dans les années 1960, un effet «antibiotique» de
l’acide acrylique («responsable de la stérilité du tube digestif de pingouins») et le relia à la
présence de Phaeocystis consommés en masse par des Euphausiacées (1961), proies des
pingouins. Cet auteur confirma ses premières observations et précisa en 1961 le spectre
antibactérien de l’acide acrylique ainsi que les concentrations inhibitrices. Il mit en
évidence le rôle du pH sur ce pouvoir antibiotique.
Ces résultats prirent toute leur importance au moment où la notion de pouvoir autoépurateur de l’eau de mer venait au centre des préoccupations des microbiologistes marins,
mais ils furent critiqués par la suite. Pour reprendre l’étude de ces phénomènes, nous
avons suivi le développement du bloom de Phaeocystis au printemps 1981.
MATERIEL ET MÉTHODES
Le principe de l’expérimentation consiste à effectuer en parallèle des analyses phytoplanctonologiques et microbiologiques sur des échantillons d’eau de mer prélevés en subsurface
dans l’avant-port ouest de Dunkerque (Nord).
Sur les échantillons on procède, immédiatement après le prélèvement, à des incubations
en laboratoire pour les mesures de production hétérotrophe et de production primaire.
On mesure la teneur en chlorophylle de tous les échantillons. D’autres sont formolés pour
le dénombrement de la flore bactériennne totale en épifluorescence et pour celui du
phytoplancton après filtrations fractionnées (eau brute, 40 gm, 3 gm). Le carbone
organique dissous est mesuré après filtration douce, sur l’eau avant incubation de la
production primaire, et après, afin d’estimer le bilan global d excrétion organique par le
phytoplancton durant l’incubation. De plus, aussitôt après le prélèvement, deux litres
d’eau sont filtrés à 1,5 yum et congelés, pour la mesure ultérieure de la teneur en acide
acrylique.
Chlorophylle
L’eau à analyser est filtrée sous vide partiel sur une membrane de porosité 0,45 gm
(Whatman GF/C). La membrane est ensuite immédiatement mise dans un tube contenant 20 ml d’acétone à 90 % pour l’extraction réalisée à l’obscurité. Après centrifugation,
l’absorption de l’extrait est lue au spectrophotomètre aux longueurs d’onde de 750,663,
645, et 630 nm. La teneur en chlorophylle a été déterminée à l’aide de la formule de
Richards et Thompson (1952).
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