Efflorescences
1 ntroduction
Brigitte Berland
CNRS, Centre d'Océanologie de Marseille, Station Marine d' Endoume,
Rue de la Batterie des lions, 13007 Marseille, France
Les algues microscopiques planctoniques constituent la nourriture de base pour bon nombre de
ressources vivantes des océans, notamment pour
les bivalves fi ltreu rs commercialisés (mou les,
huîtres, coquilles Sa int-Jacques, palourdes) ainsi
que pour les larves de crustacés et de poissons.
Dans la plupart des cas les proliférations ou les
efflorescences de ces algues sont bénéfiques pour
la faune marine et pour l' aquaculture.
Toutefois sous certaines conditions hydrologiques
et climatologiques, des espèces peuvent se développer si intensément qu'elles en arrivent à modifier la cou leur apparente de la surface des mers et
à condu ire à des épisodes d' « ea ux rouges »
encore appelées « eaux décolorées » . Il en résulte
parfois des processus d' anoxie des eaux. Selon
Sourn ia (1995 ), sur les 3 400 à 4000 espèces
recensées, environ 200 sont susceptibles de former
des eaux rouges, ce qui représente 5,5 à 6,7 % de
la microflore algale des océans. Cette proportion
est loin d'être négligeable étant donné la large distribution géographique de ces espèces planctoniques. Le long des côtes européennes, Lassus, en
1988, a recensé 50 espèces ayant provoqué des
ea ux rouges. Ce nombre continue d'augmenter
comme l' attestent l'efflorescence à Chrysochromulina po/y/epis, massive et exceptionnelle,
apparue dans les eaux de Scandinavie en 1988
(Rosenberg et al., 1988) ainsi que l'efflorescence
toxique d' Heterosigma carterae qui s'est produite
récemment dans les eaux portuaires de Camaret
(Bretagne, France). Cette dernière efflorescence a
entraîné la mort des poissons d'une ferme aquacole expérimentale, ce qui a représenté un coût
financier estimé à 300 000 francs et deux ans de
retard dans les programmes de recherche (Nezan
et al., 1995).
Tandis que certai nes efflorescences algales provoquent de sérieuses nuisances par leur développement exubérant, d'autres sont nocives en raison
des toxines qu ' elles produisent. Les espèces
toxiques sont nettement moins nombreuses, bien
qu'elles représentent encore 2 % de la flore mondiale, c' est-à-dire 60 à 78 espèces (Sournia,
1995). En 1971 , Schantz n'avait dénombré que 8
espèces!
Les efflorescences algales et les eaux rouges, aussi bien toxiques que non toxiques, se sont produites à travers toute l' histoire humaine : la première référence à une efflorescence algale nuisible apparaît dans la Bible. Depuis, nombreux
sont les navigateu rs, dans toutes les parties du
monde, qui ont laissé des écrits relatant de tels
épisodes:
- des symptômes après la consommation de
moules et de palourdes toxiq ues ont été décrits il
y a 200 ans ;
- la ciguatera, un syndrome d' empoisonnement
après consommation de poissons tropicaux a été
décrite pour le Pacifique au xvue sièc le, mais
éta it connue dans les Ca raïbes au moins un
siècle plus tôt.
Toutefois l' origine algale de ces empoison nements n' a été découverte qu'en 193 7 par Sommer
et al. pour l' intoxication paralysante PSP (Paralytic Shellfish Poisoning) et en 1979 pour la ciguatera (Yasumoto et al., 1979).
Ce sont donc, sensu stricto, des phénomènes
entièrement naturels. Mais au cours de ces deux
dernières décades les eaux rouges comme les épisodes phytoplanctoniques néfastes sont en expansion tant par leur nombre, que par leurs fréquence
et intensité (Smayda, 1989, 1990 ; Anderson,
1989 ; Hallegraeff, 1993). Certains scientifiques
pensent que la multiplication de ces épisodes nuisibles ces dernières années est à relier dans certains cas à des processus d'eutrophisation et/ou
des conditions climatiques anormales. Les activités de transport (eaux de ballast contenant des
kystes d'espèces toxiques) et d' aquaculture ont
également été mises en cause dans l'extension
géographique de ces floraisons. Cependant cette
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1 ntroduction
Brigitte Berland
CNRS, Centre d'Océanologie de Marseille, Station Marine d' Endoume,
Rue de la Batterie des lions, 13007 Marseille, France
Les algues microscopiques planctoniques constituent la nourriture de base pour bon nombre de
ressources vivantes des océans, notamment pour
les bivalves fi ltreu rs commercialisés (mou les,
huîtres, coquilles Sa int-Jacques, palourdes) ainsi
que pour les larves de crustacés et de poissons.
Dans la plupart des cas les proliférations ou les
efflorescences de ces algues sont bénéfiques pour
la faune marine et pour l' aquaculture.
Toutefois sous certaines conditions hydrologiques
et climatologiques, des espèces peuvent se développer si intensément qu'elles en arrivent à modifier la cou leur apparente de la surface des mers et
à condu ire à des épisodes d' « ea ux rouges »
encore appelées « eaux décolorées » . Il en résulte
parfois des processus d' anoxie des eaux. Selon
Sourn ia (1995 ), sur les 3 400 à 4000 espèces
recensées, environ 200 sont susceptibles de former
des eaux rouges, ce qui représente 5,5 à 6,7 % de
la microflore algale des océans. Cette proportion
est loin d'être négligeable étant donné la large distribution géographique de ces espèces planctoniques. Le long des côtes européennes, Lassus, en
1988, a recensé 50 espèces ayant provoqué des
ea ux rouges. Ce nombre continue d'augmenter
comme l' attestent l'efflorescence à Chrysochromulina po/y/epis, massive et exceptionnelle,
apparue dans les eaux de Scandinavie en 1988
(Rosenberg et al., 1988) ainsi que l'efflorescence
toxique d' Heterosigma carterae qui s'est produite
récemment dans les eaux portuaires de Camaret
(Bretagne, France). Cette dernière efflorescence a
entraîné la mort des poissons d'une ferme aquacole expérimentale, ce qui a représenté un coût
financier estimé à 300 000 francs et deux ans de
retard dans les programmes de recherche (Nezan
et al., 1995).
Tandis que certai nes efflorescences algales provoquent de sérieuses nuisances par leur développement exubérant, d'autres sont nocives en raison
des toxines qu ' elles produisent. Les espèces
toxiques sont nettement moins nombreuses, bien
qu'elles représentent encore 2 % de la flore mondiale, c' est-à-dire 60 à 78 espèces (Sournia,
1995). En 1971 , Schantz n'avait dénombré que 8
espèces!
Les efflorescences algales et les eaux rouges, aussi bien toxiques que non toxiques, se sont produites à travers toute l' histoire humaine : la première référence à une efflorescence algale nuisible apparaît dans la Bible. Depuis, nombreux
sont les navigateu rs, dans toutes les parties du
monde, qui ont laissé des écrits relatant de tels
épisodes:
- des symptômes après la consommation de
moules et de palourdes toxiq ues ont été décrits il
y a 200 ans ;
- la ciguatera, un syndrome d' empoisonnement
après consommation de poissons tropicaux a été
décrite pour le Pacifique au xvue sièc le, mais
éta it connue dans les Ca raïbes au moins un
siècle plus tôt.
Toutefois l' origine algale de ces empoison nements n' a été découverte qu'en 193 7 par Sommer
et al. pour l' intoxication paralysante PSP (Paralytic Shellfish Poisoning) et en 1979 pour la ciguatera (Yasumoto et al., 1979).
Ce sont donc, sensu stricto, des phénomènes
entièrement naturels. Mais au cours de ces deux
dernières décades les eaux rouges comme les épisodes phytoplanctoniques néfastes sont en expansion tant par leur nombre, que par leurs fréquence
et intensité (Smayda, 1989, 1990 ; Anderson,
1989 ; Hallegraeff, 1993). Certains scientifiques
pensent que la multiplication de ces épisodes nuisibles ces dernières années est à relier dans certains cas à des processus d'eutrophisation et/ou
des conditions climatiques anormales. Les activités de transport (eaux de ballast contenant des
kystes d'espèces toxiques) et d' aquaculture ont
également été mises en cause dans l'extension
géographique de ces floraisons. Cependant cette
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