Pollutions diffuses : du bassin versant au littoral
L'azote étant lelément nutritif qui limite la production phytoplanctonique estivale, une simulation numérique cles effets d’un doublement
des apports actuels d’azote d'origine agricole a été réalisée par Le Pape
& Ménesguen ( 1997). Ainsi que le montre la figure 8, l’augmentation
constatée de la biomasse phytoplanctonique par rapport à la situation
actuelle n’est que de 1 5 % en moyenne sur l’année et négligeable sur
la hauteur du maximum annuel. Ceci confirme donc le fait que le système rade de Brest dans son ensemble, en raison cle ses échanges importants avec la mer d’Iroise, est très fortement régulé et s’avère capable
cle recevoir d’importantes quantités de nutriments d’origine terrigène
sans développement d’eutrophisation massive. Là encore pourtant, le
moclèle mathématique met en évidence un effet différentiel sur la stimulation de la croissance des dinoflagellés et des diatomées : minoriraires comme en baie de Seine, les dinoflagellés estivaux profitent plus
de l’augmentation cles apports terrigènes azotés, ce qui peut à terme
nuire à la qualité du milieu. On voit ainsi, sur la figure 8, que le troisième pic annuel d’abondance du phytoplancton, entre juin et juillet,
le seul qui soit à forte prédominance cle dinoflagellés, est aussi le seul
à vraiment augmenter quand on double les apports de nitrate par les
rivières.
Conclusion
Partant du constat que l’élément nutritif limitant cle la production
végétale en eau douce était le phosphore et que l’efficacité d’utilisation
des apports inorganiques par la biomasse végétale était conditionnée
par cles facteurs physiques (temps cle résidence et éclairement de la
tranche d'eau), Vollenweider (1968) a classé les lacs dans un repère à
deux dimensions : rapport profondeur moyenne/temps de résidence en
abscisse et flux annuel de phosphore en ordonnée. L’application de ce type
de raisonnement en milieu littoral ouvert est rendue difficile clu fait
qu'il n’existe pas cle volumes d’eau matériellement délimités, donc pas
cle temps de résidence facilement déterminables, et qu’il peut y avoir
changement d elément limitant selon l'endroit ou la période de l’année.
Le rôle des modèles hydrodynamiques de circulation apparaît donc crucial pour les études d'eutrophisation côtière, cle même que la détermination in sit/t du nutriment limitant. Si l’azote est sans conteste l’élément limitant cle la prolifération cles macroalgues vertes, la situation
est plus nuancée pour le phytoplancton, comme on a pu le voir dans le
cas du panache de la Seine. Smayda ( 1 990) évoque, par ailleurs, le rôle
croissant de la limitation des diatomées par le silicium en mer du Nord
au fur et à mesure que l’enrichissement en N et P progresse, et le rend
responsable de la prédominance croissante des dinoflagellés (non siliceux) sur les diatomées. La souplesse des modèles biologiques numériques semble bien adaptée à l’étude cle ces divers cas d’eutrophisation
marine, permettant de dégager progressivement la structure minimale nécessaire en termes cle variables d’état pour représenter correctement
44
Précédent

- 45/350

Suivant