Pollutions diffuses : du bassin versant au littoral
Discussion
La littérature internationale sur le sujet donne certains bilans de consommation d’azote par des zones humides ou des marais : 1,8 kg N/ha/j dans
un marais planté, dont 82 % par dénitrification et 18 % par rétention
(Lowrance et al., 1984) ; 1,8 kg N/ha/j pour un marais salé (Sherr et al.,
1977); 3,0 kg N/ha/j sur un marais d’eau douce (Graetz et al., 1980);
3,5 kg N/ha/j au maximum sur une zone humide d’eau douce (Sloey et
al., 1978).
Les valeurs moyennes obtenues dans les marais finistériens, à savoir
2 kg N/ha/j pour le marais du Curnic, 4 kg N/ha/j pour le marais de
Kervigen et 7 kg N/ha/j en été pour l’étang du Pont, montrent que nous
nous situons globalement dans des valeurs similaires aux données internationales, voire dans la gamme supérieure pour le marais de Kervigen et l’étang du Pont. La capacité de dénitrification des marais bretons paraît très forte. Une première approche analytique menée par le
laboratoire Micromer (Créocéan, 1995) indique que jusqu’à 100 % de
la microflore bactérienne cultivable associée à l’eau et au sédiment du
marais de Kervigen sont capables de dénitrification. Les densités de
bactéries dénitrifiantes hétérotrophes trouvées (a priori du genre Pseudomonas sp.) atteignent ainsi 2.10
4 cellules/ml d’eau et 10
7 cellules/g
de sédiment durant l’été 1995. L’abondance de la matière organique
(déchets de roseaux), le manque d’oxygène dans la partie superficielle
du sédiment tourbeux, le transit lent des eaux chargées de nitrate, combinés à la richesse en microflore hétérotrophe ainsi qu’une température
de l’eau jamais froide assurent l’efficacité in situ de la dénitrification
naturelle dans le marais.
La forme la plus simple de la réaction est celle-ci :
6CH2O + 4NO3 —> 6CO2> + 2N2 + 6H 2O
L’azote retourne sous forme gazeuse (N2) dans l’atmosphère. Il est
détourné de la production primaire voisine.
Les rendements élevés mesurés en été sur le site de l’étang du Pont
(7 kg N/ha/j) ainsi qu’à la retenue d'eau du Névet avec sa zone humide
en amont de Keratry (4,9 kg N/ha/j) s’expliquent probablement par la
présence simultanée de plusieurs facteurs favorables à la dénitrification :
- une retenue d’eau qui augmente considérablement le temps de séjour
de l’eau en amont quand le débit n’est pas très élevé. A contrario, certaines mesures sur le Quillimadec, au printemps, montrent un manque
de dénitrification dû à une circulation d’eau rapide à cause d’un fort
débit continu malgré le barrage ;
- une zone étendue et plutôt plane en amont qui permet d’imbiber d’eau
nitratée une superficie importante de marais. En effet, la dénitrification
naturelle est dépendante de la surface de contact entre les bactéries dénitrifiantes du sédiment et l’eau sur une pellicule de quelques centimètres.
Ce n’est donc pas le volume d’eau retenu qui est important mais la superficie de contact entre une mince pellicule d’eau et le sédiment;
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