suspension au voisinage du fond, ne pourront proliférer qu en zone très peu profonde
(lagunes, estrans...). Par contre, le phytoplancton plurispécifîque, aux exigences moindres
et très diversifiées en ce qui concerne la lumière, se maintenant en suspension dans la
colonne d'eau, pourra proliférer dans des eaux nettement plus profondes et donc sur des
étendues côtières plus vastes.
L'assimilation de l'azote et du phosphore joue, elle-aussi, un rôle dans le type
d’eutrophisation susceptible de s'installer dans une zone aquatique à temps de résidence long.
Alors qu'en zones à très faible salinité (golfe et mer de Bothnie dans la Baltique), les
cyanophycées fixatrices d'azote atmosphérique pourront proliférer et créer des
eutrophisations semblables à celles des eaux douces (Niemi, 1979), les zones franchement
marines réagiront en fonction des capacités des algues à puiser dans l'eau de mer des sels
nutritifs à plus ou moins fortes concentrations puis à les stocker dans leurs tissus. On
distinguera ainsi facilement les micro-algues planctoniques (particulièrement les diatomées)
des macro-algues vertes : alors que les premières sont dix à cent fois plus efficaces que les
secondes pour absorber rapidement des sels nutritifs peu concentrés, les macro-algues
représentent par contre une capacité de stockage énorme et localisée. La niche écologique
à laquelle les macro-algues vertes se sont adaptées est donc constituée par les rivages
soumis à de forts apports ponctuels de sels nutritifs, alors que le phytoplancton peut
proliférer dans des masses d'eau plus vastes et moins concentrées en sels nutritifs.
AIDE SCIENTIFIQUE A LA LUTTE CONTRE L'EUTROPHISATION
Le rôle de la connaissance scientifique dans l'élaboration d'une stratégie opérationnelle
optimale de lutte contre l'eutrophisation peut être apprécié dans le domaine des eaux douces,
où l'on dispose de plus de vingt ans de travaux. Schématiquement, il faut d'abord détecter
l'élément nutritif qui est le facteur limitant de la prolifération végétale in situ (en eau douce,
c'est généralement le phosphore), puis déterminer la réduction des apports de cet élément
qu'il faut opérer pour espérer restaurer significativement la qualité du milieu (en fournissant
par exemple des abaques). La complexité du milieu marin ainsi que l'intérêt encore récent
porté à son enrichissement excessif expliquent l'absence actuelle d'une théorie unique de
l'eutrophisation côtière qui permette de déduire des recommandations quantitatives fiables
en matière de stratégie de restauration du milieu marin. Quelques exemples suffiront à
montrer la complexité du problème.
La détermination de l'élément limitant
Méthode classique en physiologie végétale, la comparaison de cultures en milieux
diversement enrichis ou carencés a été largement employée en océanographie, sous le nom
de bio-essais. Par comparaison entre la croissance phytoplanctonique observée dans une eau
témoin, une eau enrichie en azote ammoniacal et une eau enrichie en phosphate, Ryther et
Dunstan (1971) ont démontré que le phytoplancton marin au large de New York était
effectivement limité par l'azote (fig. 12). Si l'azote fut ensuite confirmé comme étant
1 élément limitant sur de vastes étendues marines, la même méthode révéla l'existence,
surtout au printemps, de zones où la production phytoplanctonique était momentanément
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