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Les coquillages de nos rivages
tiroir néogastropodes : il regroupe trois petits fichiers marqués des noms des
superfamilles. (Si nous n’y trouvons pas directement la fiche de notre cône,
c’est à cause de la complexité de l’embranchement des mollusques). Ce fichier
sorti du tiroir nous montre à son tour des classeurs : il faudra ouvrir celui des
conidés pour y trouver une enveloppe genre Conus, qui enfin nous livre la fiche
de l’espèce que nous recherchions.
Grâce à la systématique, matérialisée par cette armoire, nous sommes passés
de la complexité maximum à la connaissance précise d’une seule espèce. On
n’ose pas imaginer le temps qu’aurait duré cette recherche si un mauvais génie
avait auparavant vidé l’armoire, renversé les tiroirs et ouvert les classeurs pour
mélanger toutes les fiches ! De même pour chaque espèce de mollusque, quand
on sait dans quelles unités zoologiques le chercher, on n’a que cinq ou six
opérations à faire pour le trouver à coup sûr, lui et pas un autre, parce que la
classification systémique est un code universel immédiatement opérationnel.
Si la structure de cette armoire illustre la systématique linnéenne, les fiches
représentent la nomenclature binominale. Comme nous l’avons déjà vu, le nom
de chaque animal est formé de deux mots : celui du genre et celui de l’espèce,
mais pour être très complet on y ajoute le nom (ou l’initiale) du naturaliste
qui l’a décrite et identifiée le premier dans une publication scientifique, suivi
de la date de cette publication. Quand plusieurs auteurs ont décrit la même
espèce en s’ignorant réciproquement et en lui attribuant des noms différents,
celui qui est retenu officiellement est le plus ancien : c’est la loi d’antériorité. Par exemple, quand on nomme le cône « Conus mediterraneus, Gmelin
1791 », cela signifie qu’il a été décrit et classé pour la première fois par Gmelin
en 1791.
Mais pourquoi écrire ces noms en latin ? Parce que cette vénérable langue a
été longtemps celle de tous les savants européens : afin d’être compris de leurs
confrères, leurs publications étaient rédigées en latin, la langue internationale
scientifique. De nos jours encore, bien que l’anglais soit devenu la langue
courante des grands colloques internationaux autant que celle des voyageurs
de tous les pays, le latin a conservé sa place dans la nomenclature scientifique.
Cela permet aux naturalistes de toujours savoir de quelle espèce ils parlent,
quelle que soit leur langue nationale. Pour nous, dans cette faune, l’emploi des
noms latins des mollusques est la seule façon de désigner sans risque d’erreur
des coquillages qui ont une multitude de noms différents suivant les provinces
(comme dans le genre Patella), ou dont la même appellation recouvre au
contraire des espèces différentes (combien de bivalves comestibles différents
portent le même nom « demoiselles » ?) ou enfin d’humbles coquilles qu’on
laisse sans nom parce qu’elles ne servent à rien.
De toute façon, rassurez-vous : l’emploi de cette nomenclature latine n’oblige
pas du tout à connaître la langue. Cependant, les collectionneurs latinistes sont
avantagés, parce que tous ces noms latins ou gréco-latins ont un sens qui peut
aider à retenir un caractère d’une espèce, comme chez Venerupis aurea, avec sa
tache jaune d’or à l’intérieur de la coquille. Inversement, si on ne connaît pas le
latin, l’habitude d’en manier des racines peut aider à comprendre ou à approfondir le sens de mots français, italiens ou espagnols, et à déjouer des pièges
orthographiques comme celui-ci : on trouve l’or dans les terrains aurifères.
En conclusion, la systématique, qui aboutit à la classification, offre deux
avantages :
Les coquillages de nos rivages
tiroir néogastropodes : il regroupe trois petits fichiers marqués des noms des
superfamilles. (Si nous n’y trouvons pas directement la fiche de notre cône,
c’est à cause de la complexité de l’embranchement des mollusques). Ce fichier
sorti du tiroir nous montre à son tour des classeurs : il faudra ouvrir celui des
conidés pour y trouver une enveloppe genre Conus, qui enfin nous livre la fiche
de l’espèce que nous recherchions.
Grâce à la systématique, matérialisée par cette armoire, nous sommes passés
de la complexité maximum à la connaissance précise d’une seule espèce. On
n’ose pas imaginer le temps qu’aurait duré cette recherche si un mauvais génie
avait auparavant vidé l’armoire, renversé les tiroirs et ouvert les classeurs pour
mélanger toutes les fiches ! De même pour chaque espèce de mollusque, quand
on sait dans quelles unités zoologiques le chercher, on n’a que cinq ou six
opérations à faire pour le trouver à coup sûr, lui et pas un autre, parce que la
classification systémique est un code universel immédiatement opérationnel.
Si la structure de cette armoire illustre la systématique linnéenne, les fiches
représentent la nomenclature binominale. Comme nous l’avons déjà vu, le nom
de chaque animal est formé de deux mots : celui du genre et celui de l’espèce,
mais pour être très complet on y ajoute le nom (ou l’initiale) du naturaliste
qui l’a décrite et identifiée le premier dans une publication scientifique, suivi
de la date de cette publication. Quand plusieurs auteurs ont décrit la même
espèce en s’ignorant réciproquement et en lui attribuant des noms différents,
celui qui est retenu officiellement est le plus ancien : c’est la loi d’antériorité. Par exemple, quand on nomme le cône « Conus mediterraneus, Gmelin
1791 », cela signifie qu’il a été décrit et classé pour la première fois par Gmelin
en 1791.
Mais pourquoi écrire ces noms en latin ? Parce que cette vénérable langue a
été longtemps celle de tous les savants européens : afin d’être compris de leurs
confrères, leurs publications étaient rédigées en latin, la langue internationale
scientifique. De nos jours encore, bien que l’anglais soit devenu la langue
courante des grands colloques internationaux autant que celle des voyageurs
de tous les pays, le latin a conservé sa place dans la nomenclature scientifique.
Cela permet aux naturalistes de toujours savoir de quelle espèce ils parlent,
quelle que soit leur langue nationale. Pour nous, dans cette faune, l’emploi des
noms latins des mollusques est la seule façon de désigner sans risque d’erreur
des coquillages qui ont une multitude de noms différents suivant les provinces
(comme dans le genre Patella), ou dont la même appellation recouvre au
contraire des espèces différentes (combien de bivalves comestibles différents
portent le même nom « demoiselles » ?) ou enfin d’humbles coquilles qu’on
laisse sans nom parce qu’elles ne servent à rien.
De toute façon, rassurez-vous : l’emploi de cette nomenclature latine n’oblige
pas du tout à connaître la langue. Cependant, les collectionneurs latinistes sont
avantagés, parce que tous ces noms latins ou gréco-latins ont un sens qui peut
aider à retenir un caractère d’une espèce, comme chez Venerupis aurea, avec sa
tache jaune d’or à l’intérieur de la coquille. Inversement, si on ne connaît pas le
latin, l’habitude d’en manier des racines peut aider à comprendre ou à approfondir le sens de mots français, italiens ou espagnols, et à déjouer des pièges
orthographiques comme celui-ci : on trouve l’or dans les terrains aurifères.
En conclusion, la systématique, qui aboutit à la classification, offre deux
avantages :
