cette bizarre grossesse arriva et après des douleurs, des efforts et un délabrement inouï des parties, cette fille accoucha d’un enfant par la même voie qu’il
avait été fait : j’ignore si la mère et l’enfant en moururent, mais ce que je sais
c’est que sa formation n’avait rien d’extraordinaire. La matrice de cette fille, au
lieu de s’ouvrir à l’endroit ordinaire, s’ouvrait dans le rectum, qui tous les mois
servait d’issue au sang menstruel. Je tiens ce fait de Mons
r Louis, secrétaire de
l’académie de chirurgie
86 .
V
Autre fait arrivé au château de Nicklspurg, en Moravie, et certifié pas Mr
Nuch, chirurgien-major des troupes de la garnison de ce château
87 . Dans les premiers jours d’août de l’année 1773 un soldat âgé de 22 ans et quelques mois fut
attaqué de maux de cœur passagers, de
W
lassitude et de dégoûts. A ces accidents
succéda bientôt l’enflure du ventre; on traita ce jeune homme comme hydropique. Les remèdes furent sans effet et le ventre grossissait de plus en plus:
d’ailleurs il ressentait peu d’incommodités et ne manquait guère à son service.
Cet homme que l’on avait abandonné depuis quelques mois à la bonté de son
tempérament et aux seins de la nature, ressentit de vives douleurs dans la région
lombaire, le 3 février 1774. On lui fit prendre quelques potions sédatives, mais
les douleurs ne firent qu’augmenter; on crut soulager le malade en lui faisant la
ponction et l’on fut extrêmement étonné de ne point voir d’évacuation d’eau. On
eut recours à la saignée et tous les moyens furent inutiles; les douleurs devinrent
de plus en plus aiguës, les convulsions s’en mêlèrent et le patient mourut après
quatre-vingt-dix-sept heures
X
de souffrance. Le cas était trop extraordinaire
pour qu’on ne fit point l’ouverture du cadavre: mais quelle fut la surprise des
assistants, lorsqu’à l’ouverture de l’abdomen on aperçut un kyste, ou sac, que
86 Cf. H.-G. Riqueti, comte de Mirabeau, Erotika Biblion, Rome-Vatican
[Paris], 1783, p. 112: « M. Louis, secrétaire de l’Académie de chirurgie, a soutenu, en 1755, la question sur les bancs; il a prouvé que les anélytroïdes pouvaient concevoir; et des faits consignés dans sa thèse, imprimée avec privilège,
le démontrent. Malgré cette authenticité, le Parlement ne manqua pas de dénoncer la thèse de M. Louis comme contraire aux bonnes mœurs. Il fallut que ce
grand et non moins ingénieux et malin chirurgien recourût aux casuistes de la
Sorbonne; alors il montra facilement que le Parlement prononçait sur une question qui n’est pas plus de sa compétence que l’émétique. Et le Parlement ne
donna aucun suite à la dénonciation » [note d’AT, p. 410].
V Extrait d’une lettre d’un chirurgien MAJOR DES TROUPES EN GARNISON AU
CHÂTEAU DE NICKLSPURG, ou Niklauspurg EN MORAVIE appelé M. NUCH, adressée à M. le Febvre, Médecin à Paris.
87 Cf. supra la note V: le ms. SP atteste que Diderot tenait ce récit par le
médecin et philologue J.-B. Lefebvre de Villebrune (1732-1809), qui avait traduit de l’allemand le Traité de l’expérience en général, et en particulier dans
l’art de guérir (Paris, 1774) de G. Zimmermann; infra, Partie III, notes 46 et 76.
Lefebvre était l’auteur aussi de l’édition moderne des Hippocratis Aphorismi
[…] castigati, latine versi (Paris, 1779) et du Banquet des savants, par Athénée
de Naucrate (Paris, 1789-1791).
W Lassitude, de dégout etc. A ces accidents…
X de souffrances.
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PARTIE II
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 250
avait été fait : j’ignore si la mère et l’enfant en moururent, mais ce que je sais
c’est que sa formation n’avait rien d’extraordinaire. La matrice de cette fille, au
lieu de s’ouvrir à l’endroit ordinaire, s’ouvrait dans le rectum, qui tous les mois
servait d’issue au sang menstruel. Je tiens ce fait de Mons
r Louis, secrétaire de
l’académie de chirurgie
86 .
V
Autre fait arrivé au château de Nicklspurg, en Moravie, et certifié pas Mr
Nuch, chirurgien-major des troupes de la garnison de ce château
87 . Dans les premiers jours d’août de l’année 1773 un soldat âgé de 22 ans et quelques mois fut
attaqué de maux de cœur passagers, de
W
lassitude et de dégoûts. A ces accidents
succéda bientôt l’enflure du ventre; on traita ce jeune homme comme hydropique. Les remèdes furent sans effet et le ventre grossissait de plus en plus:
d’ailleurs il ressentait peu d’incommodités et ne manquait guère à son service.
Cet homme que l’on avait abandonné depuis quelques mois à la bonté de son
tempérament et aux seins de la nature, ressentit de vives douleurs dans la région
lombaire, le 3 février 1774. On lui fit prendre quelques potions sédatives, mais
les douleurs ne firent qu’augmenter; on crut soulager le malade en lui faisant la
ponction et l’on fut extrêmement étonné de ne point voir d’évacuation d’eau. On
eut recours à la saignée et tous les moyens furent inutiles; les douleurs devinrent
de plus en plus aiguës, les convulsions s’en mêlèrent et le patient mourut après
quatre-vingt-dix-sept heures
X
de souffrance. Le cas était trop extraordinaire
pour qu’on ne fit point l’ouverture du cadavre: mais quelle fut la surprise des
assistants, lorsqu’à l’ouverture de l’abdomen on aperçut un kyste, ou sac, que
86 Cf. H.-G. Riqueti, comte de Mirabeau, Erotika Biblion, Rome-Vatican
[Paris], 1783, p. 112: « M. Louis, secrétaire de l’Académie de chirurgie, a soutenu, en 1755, la question sur les bancs; il a prouvé que les anélytroïdes pouvaient concevoir; et des faits consignés dans sa thèse, imprimée avec privilège,
le démontrent. Malgré cette authenticité, le Parlement ne manqua pas de dénoncer la thèse de M. Louis comme contraire aux bonnes mœurs. Il fallut que ce
grand et non moins ingénieux et malin chirurgien recourût aux casuistes de la
Sorbonne; alors il montra facilement que le Parlement prononçait sur une question qui n’est pas plus de sa compétence que l’émétique. Et le Parlement ne
donna aucun suite à la dénonciation » [note d’AT, p. 410].
V Extrait d’une lettre d’un chirurgien MAJOR DES TROUPES EN GARNISON AU
CHÂTEAU DE NICKLSPURG, ou Niklauspurg EN MORAVIE appelé M. NUCH, adressée à M. le Febvre, Médecin à Paris.
87 Cf. supra la note V: le ms. SP atteste que Diderot tenait ce récit par le
médecin et philologue J.-B. Lefebvre de Villebrune (1732-1809), qui avait traduit de l’allemand le Traité de l’expérience en général, et en particulier dans
l’art de guérir (Paris, 1774) de G. Zimmermann; infra, Partie III, notes 46 et 76.
Lefebvre était l’auteur aussi de l’édition moderne des Hippocratis Aphorismi
[…] castigati, latine versi (Paris, 1779) et du Banquet des savants, par Athénée
de Naucrate (Paris, 1789-1791).
W Lassitude, de dégout etc. A ces accidents…
X de souffrances.
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